Communauté religieuse et pensionnats : un exemple

Les Oblat de Marie Immaculée est une communauté religieuse masculine catholique. Arrivée au Canada dès le début des années 1840 - à l'invitation de Mgr Ignace Bourget, alors évêque de Montréal -, ils s'impliquent dès 1861 dans les communautés autochtones et seront également présents dans les pensionnats.  En 1991, elle a présenté des excuses pour son rôle joué dans cet épisode douloureux de l'histoire Canadienne.

« Nous nous excusons du rôle que nous avons joué dans l'impérialisme ethnique, culturel et religieux qui a marqué la mentalité avec laquelle les peuples européens ont abordé les peuples autochtones. »

La lettre (cliquez ici pour voir), rend également compte du fait que « bien des maux » vécus dans les communautés autochtones, « taux de chômage élevé, alcoolisme, détérioration de la vie familiale, violence familiale, taux de suicide effarant, manque de fierté - ne sont pas tant le résultat d'échecs personnels que le résultat de centaines d'années d'impérialisme systématique ».

La communauté y reconnaît « publiquement... qu'il y a eu des cas d'abus physique et d'agression sexuelle », tout en soulignant que « l'abus fondamental se situe au niveau de l'existence des pensionnats ».

Les OMI indiquent que, sans excuser les fautes, l'Histoire a joué un rôle important dans cette suite d'erreurs. « Une croyance naïve voulait que les traditions culturelles, linguistiques et morales de l'Europe soient fondamentalement supérieures », écrivent-ils. « Nous avons parfois brisé vos calumets et nous avons considéré certaines de vos pratiques païennes et superstitieuses. Ceci découle de la mentalité coloniale et du complexe de supériorité européen... Nous nous excusons de notre aveuglement et de notre manque de respect », indiquent-ils.

Enfin, ils disent s'engager « à être au service des peuples autochtones. Nous demandons leur aide pour discerner plus judicieusement les formes que ce service doit prendre aujourd'hui. »

Mieux comprendre le contexte

Le père Jacques Laliberté, Oblat de Marie Immaculée (voir aussi l'article Un visage sur l'histoire), a accepté de répondre à cette difficile question : pourquoi n'y-aurait-il pas de dialogue, publique ou privé, entre les membres de communautés religieuses et les victimes des pensionnats autochtones?

« On rentre dans le domaine de l'hypothèse », indique-t-il dès le départ. « Ça prendrait des gens qui ont des compétences très supérieures à moi-même. Et il y a toujours le risque que ça dégénère en confrontation, en justification. »

Dans sa communauté par exemple, des prêtres ont donné leur vie en éducation et ont « vraiment donné le meilleur » d'eux-mêmes.  « Vous allez parler du déracinement, ils vont dire : 'Oui mais on voulait leur bien.' Le 'mais on voulait leur bien' est [aujourd'hui] inacceptable quand on comprend le déracinement que cela a causé », estime Jacques Laliberté. « On n'avait peut-être pas les connaissances psychologiques nécessaires pour évaluer l'impact tellement négatif d'un déracinement en si bas âge, loin des communautés [autochtones]. Et d'évaluer aussi non seulement l'impact en bas âge loin des communautés, mais dans un contexte culturel absolument différent qui était le leur. »
 
Par exemple, la punition corporelle faisait partie de la culture occidentale d'alors. « Les maîtres étant des blancs et appliquaient ce mode institutionnel, qui est absolument incompatible et incompréhensible pour l'univers amérindien. Alors, au-delà du déracinement, vous tombez dans un environnement où y a de la correction physique, où il n'y a absolument aucune référence ! C'est comme une violence gratuite qui vient de nulle part. »

Aujourd'hui, établir un dialogue encore plus serré entre les survivants et les membres de communautés religieuses qui ont été les courroies du système d'alors - dans un Cercle de partage par exemple -, resterait selon lui un exercice délicat. Il faudrait selon le père Laliberté que les règles du jeu soient bien établies dès le début. « On n'est pas là pour condamner, on n'est pas là pour justifier, on n'est pas là pour argumenter. On est là pour échanger sur ce qui a été vécu et sur ce que nous voulons vivre. »


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