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Comment se comporte la famille d’aujourd’hui ?
Haute Fidélité Vol. 125 (2007) Numéro 1La famille a bien changé depuis quelques décennies. La Révolution tranquille a provoqué une remise en question des fondements et des certitudes de notre société, qui était plutôt homogène et religieuse. Cela s'est fait au profit d'une communauté dite moderne, où les droits de la personne et l'individualisme sont devenus des valeurs dominantes. La famille étant la plus petite cellule de notre société, on comprend dès lors les soubresauts persistants qui la secouent. La pastorale familiale s'en est forcément ressentie. Or, celle-ci ne cherche-t-elle pas le discours le plus propice ou l'approche la plus adéquate pour transmettre le message du Christ et cheminer avec les familles et les enfants en évolution ?
Nouvelles réalités… approche ajustée
L'Église a toujours misé sur la famille. Elle s'est même approprié son vocabulaire et ses valeurs en guise de métaphore. Père, mère, frère, soeur, époux et épouse font partie du langage courant pour désigner les rôles, la richesse des relations, les liens affectifs et les responsabilités qui y sont inhérentes. Cette approche convient-elle encore de nos jours, si l'on considère les caractéristiques de la famille actuelle ? En effet, pour bien intervenir auprès des familles et des enfants, il faut connaître et comprendre les réalités familiales audelà des anecdotes, des perceptions rapides ou d'une nostalgie qui fausserait les perspectives d'action. Autrement, le risque est grand d'entretenir des attentes irréalistes et de mettre en oeuvre une pédagogie inappropriée aux membres de la famille d'aujourd'hui.

Ainsi, une approche adéquate d'intervention, en pastorale comme dans d'autres domaines, requiert une mise à jour des connaissances sur les familles dans la société actuelle. Par exemple, l'homme et la femme distinguent de plus en plus leur vie de couple de leur vie familiale avec les enfants, et ce n'est plus le statut marital des parents qui définit la famille, mais plutôt l'enfant et les liens affectifs. Les relations interpersonnelles sont démocratiques et les enfants ont fortement droit au chapitre dans la conduite de la famille, tandis que le père et la mère se considèrent égaux dans leurs responsabilités parentales. Les parents travaillent tous les deux dans 70 % des cas, et cela même quand les enfants sont en bas âge. De plus, près de six enfants sur dix naissent hors mariage. Notons que l'univers des adolescents reste une énigme pour les adultes, et que la société de consommation et les médias influencent grandement le style de vie des familles. Enfin, soulignons que le désir d'enfants est manifeste chez les jeunes adultes.
Par ailleurs, le principal problème des parents réside dans le manque de temps et souvent, de présence réelle auprès de leurs jeunes. La conséquence majeure du mode de vie moderne des familles est leur isolement, surtout si un facteur aggrave leur situation : naissance difficile, faible revenu, perte d'emploi, statut de nouvel arrivant, handicap d'un membre de la famille, monoparentalité, travail à horaire atypique, éloignement de la famille d'origine... Il est par conséquent difficile de caractériser la famille, sinon en insistant sur sa grande diversité. Ces quelques dimensions donnent de quoi réfléchir en vue d'adapter la pastorale aux valeurs et aux nouveaux comportements. Ceux-ci peuvent être considérés comme des défis, plutôt que comme des éléments négatifs.
Des recherches et des ressources (voir encadré)
Les études pratiques en pédagogie, en travail social, en psychologie et en sciences infirmières par exemple, ouvrent des voies inspirantes. La sociologie, l'anthropologie et la démographie décrivent en détail les nouvelles réalités familiales. Au Québec, nous bénéficions d'un accès aux résultats des recherches récentes sur la famille, et ce au niveau international. En plus de leurs publications, les groupes de recherche rendent disponibles leurs travaux sur Internet. À ce titre, le Conseil de développement de la recherche sur la famille est d'un intérêt particulier. Il organise des activités autour du transfert des connaissances sur la famille et les enfants (symposium et colloque) et en assure la diffusion. De plus, on peut se joindre aux équipes de recherche comme partenaires oeuvrant sur le terrain. La pastorale familiale constitue sans doute un domaine d'intervention susceptible de poser de remarquables défis à la recherche et à la pratique qui en découleraient. J'ose avancer que les chercheurs ne demanderaient pas mieux que de répondre aux invitations qui leur seraient faites d'ouvrir le dialogue avec les intervenants pastoraux, afin de réfléchir à cette indispensable action d'Église auprès des familles et de ses différents membres. En somme, la pastorale familiale se doit, plus que jamais, de Penser et agir famille pour se rapprocher des réalités des familles d'aujourd'hui.
Jean-Pierre Lamoureux, président
Conseil de développement de la recherche sur
la famille du Québec
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