Funérailles de Janine Sutto

2017-04-10

Vivre et aimer jusqu'au bout


La mort ne ressemble-t-elle pas quelques fois à un rideau de scène qui tombe à la fin d'une pièce de théâtre?

Elle vient nous séparer, comme le sont les spectateurs et les acteurs qui viennent de vivre et de partager quelques beaux moments ensemble. Nous le savons, le rideau va, tôt ou tard, tomber sur les personnes qui nous sont chères ainsi que sur notre propre vie. La mort se dresse ainsi comme un rideau qui, nous semble-t-il, met fin à la vie et à l'amour. Janine Sutto a vécu, sans relâche, jusqu'au bout de sa vie. Pendant sa longue route elle a toujours continué d'apprendre, de servir et de bâtir, de souffrir et de pardonner, d'aimer et d'être présente, autant qu'elle le pouvait, à sa famille et à ses amis.
De nombreux témoignages d'admiration et d'affection ont été exprimés dans les médias et en chapelle ardente à l'hôtel de ville de Montréal. Aujourd'hui même, chère famille et chers amis de Janine, en ce lieu et par la télévision, nous sommes réunis par la reconnaissance d'une vie généreuse et par l'expression d'un soutien en ce moment de peine.


La mort en ce monde est-elle le dernier mot de la vie et de l'amour? Quand, pour Jésus, l'heure de quitter ce monde arriva, avec toute la dramatique que l'on sait, voici que, six jours avant la « Pâque » - comme aujourd'hui en ce lundi saint qui nous conduit à Pâques dimanche prochain - Jésus se retrouva à Béthanie pour un repas réconfortant avec des amis.

Dans l'Évangile, on voit que Marie, la sœur de Lazare, n'a pas hésiter à briser un flacon d'albâtre pour répandre sur les pieds de Jésus un parfum oriental fait de nard très pur. Elle donnait tout ce qu'elle avait de plus précieux pour exprimer sa reconnaissance envers l'œuvre d'amour infini du Seigneur pour elle et pour le monde. Elle voyait venir la mort de Jésus, mais elle croyait qu'Il était la résurrection et la vie, de sorte que sa peine était ouverte à l'espérance.

Pour Janine, ce qui avait le plus embaumé sa vie c'était ses enfants, ses deux filles jumelles qui l'ont toujours habité. Par leur seule existence elles fortifiaient son âme. Elle considérait que le plus beau rôle de sa vie, le plus signifiant, fut celui de mère et de grand-mère. Elle y a trouvé un élargissement du cœur dans l'amour inconditionnel.

Dans l'Évangile, le geste très humble de Marie baignant les pieds de Jésus de parfum, paraissait insensé aux yeux du monde, mais, dans l'ordre de l'amour et de l'espérance, il était de loin le plus significatif. Lorsque Jésus mourut en lançant un grand cri sur la Croix, Il déchira le rideau de la mort et élargit la scène dans un regard qui embrasse le ciel et la terre. Le rideau de la fin de la vie n'a plus le dernier mot, la mort est transformée en passage vers la vie éternelle, la prière nous garde dans l'espérance d'une rencontre dans l'éternité.

Voilà ce que nous célébrons aujourd'hui dans ces funérailles pour Janine et ce que toute l'Église proclamera avec éclat dimanche prochain : L'Amour est vainqueur et il ne passera jamais. Le rideau de la mort est déchiré, la vie et l'amour ont un avenir dans l'éternité. Prenons quelques instants de silence pour présenter Janine Sutto, en même temps que notre peine, au Dieu éternel.

+ Christian Lépine
Archevêque de Montréal

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