Jeudi Saint - Résidence Ignace Bourget
2008-03-20
Lectures :
Exode 12, 1-8.11-14
1 Corinthiens 11, 23-26
Jean 13,1-15
Chers confrères,
Quand revient le Jeudi saint, je suis heureux de me retrouver avec vous: vous mes confrères, vous mes amis. Je pense alors nécessairement au Christ qui, lui aussi le soir de la Cène, s'est trouvé à table avec les siens, ses apôtres, ceux à qui il avait dit «je ferai de vous des pêcheurs d'hommes», ceux en qui il avait une particulière confiance, ceux à qui il avait confié beaucoup de responsabilités parce qu'ils étaient beaucoup aimés.
Le repas de la Cène a été un moment important dans la vie de Jésus. Un moment sommet. Toute sa vie a été orientée vers ce moment-là et ce moment-là résume toute son existence. Jésus était convaincu que ce qui donnait du sens et de la fécondité à une existence ce n'était pas de chercher à la sauver, mais de la donner. Il avait dit: «Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera.» Le soir de la Cène Jésus perd sa vie, il la donne. Il en fait une offrande à son Père et à tous ceux et celles pour qui il est venu sur terre. Pour exprimer le don qu'il fait de lui-même, il pose quelques gestes, prononce quelques paroles. Tout est d'une étonnante simplicité. Il prend du pain. Il rend grâce. Il rompt le pain. Il le donne. «Ceci est mon corps, qui est pour vous.» Ceci est ma vie, qui est pour vous. Ceci est tout mon être, toute ma tendresse, tout mon amour. Je vous en fais le don pour que vous viviez de ma vie. Le don de lui-même que Jésus accomplit est un acte de liberté. Il avait dit: «Le Fils de l'homme… [est venu] pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude». Il avait dit aussi: «Le Père m'aime parce que je donne ma vie, pour la reprendre ensuite. 18 Personne n'a pu me l'enlever: je la donne de moi-même.» Accompli sans amour, accompli de force, le don de lui-même que le Christ a fait en rompant le pain et en offrant la coupe de vin à ses disciples aurait été vide de sens. Il n'aurait pas porté de fruit. Après avoir rompu le pain et l'avoir donné, Jésus dit: «Faites cela en mémoire de moi.» Après leur avoir donné la coupe, il redit les mêmes paroles: «Faites ceci en mémoire de moi.» Il ne s'agit pas simplement de reposer matériellement les gestes qu'il a posés et de prononcer les paroles qu'il a dites. Il s'agit, à travers ces gestes et par ces paroles, de nous offrir à Dieu comme lui l'a fait. Il s'agit de nous offrir avec lui, librement et par amour. Il s'agit, à notre tour, de livrer notre vie pour la vie du monde. «Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance.» Ce sont ses paroles. Nous devons les faire nôtres. Nous devons nous dire: j'ai été choisi pour être prêtre, j'ai été appelé à donner ma vie, afin que tous les hommes et toutes les femmes de la terre vivent d'une vie abondante, de cette vie qui a jailli du cœur de Jésus transpercé sur la croix et qui a surgi dans la lumière resplendissante du matin de la résurrection.
Le concile Vatican II a écrit en parlant des prêtres: «Dans le mystère du sacrifice eucharistique, où les prêtres exercent leur fonction principale, c'est l'œuvre de notre rédemption qui s'accomplit sans cesse. [...] En s'unissant à l'acte du Christ Prêtre, chaque jour, les prêtres s'offrent à Dieu tout entiers; en se nourrissant du Corps du Christ, ils participent du fond d'eux-mêmes à la charité de celui qui se donne aux chrétiens en nourriture.» Chers amis, que Dieu nous donne, aujourd'hui, de faire le don de notre vie comme nous l'avons fait le jour où nous avons été ordonnés prêtres. Que ce don soit joyeux et entier.
Après avoir fait entendre le récit de la Cène comme il est rapporté dans la première lettre de Paul aux Corinthiens, la liturgie d'aujourd'hui proclame cette merveilleuse page de Jean où nous voyons Jésus à genoux devant ses disciples. Il les implore de se laisser laver les pieds. Il les prie de le laisser les aimer. Ce qu'il fait est étonnant et hors normes, puisque c'est au serviteur de laver les pieds du maître et non le contraire. Mais cette logique est celle des hommes, et non celle de Dieu. La logique de Dieu veut que l'on serve plutôt que se faire servir, que l'on s'abaisse plutôt que batailler pour la première place. L'abaissement de Jésus qui se courbe devant ses amis annonce et mime son abaissement jusque dans la mort sur la croix. Les lignes de l'apôtre Paul aux Philippiens, que nous avons lues à la messe de dimanche dernier, éclairent la page du lavement des pieds: «Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu; mais au contraire, il se dépouilla lui-même, en prenant la condition de serviteur. [...] Il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout.» Après leur avoir lavé les pieds, Jésus dit à ses disciples: «C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous.»
Le message de la liturgie du lavement des pieds est double. Il nous demande d'abord de nous laisser aimer par le Christ d'un amour qui se met à genoux. Il nous demande ensuite de nous efforcer d'aimer de la même manière. Que Dieu nous donne de tendre vers cet idéal. Qu'il nous donne de ne jamais douter de l'amour que le Christ nous porte. Qu'il donne de nous appliquer à aimer jusqu'au dernier jour de notre vie.
AMEN



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