M. le cardinal Paul Grégoire

1968-1990

     

Mgr Paul Grégoire devient archevêque de Montréal peu de temps après la démission du cardinal Paul-Émile Léger. Son épiscopat est marqué par les suites à donner au Concile Vatican II dans un milieu en pleine révolution tranquille. Il structure la curie diocésaine : Conseil presbytéral (1969), Conseil pastoral (1972), Conseil des religieux (1975) et Conseil épiscopal (1971), Catéchuménat diocésain (1976) et Office de la famille (1980). Il est l’homme des grands projets pastoraux diocésains et du renouveau sacramentaire. On lui doit : les stages de formation offerts aux prêtres (Stage de Rome); le Service du diaconat permanent; la création de la Maison du Père, du Service de pastorale missionnaire et du Comité diocésain sur la condition de la femme.

Famille, formation, premiers ministères

Paul Grégoire naît le 24 octobre 1911, dans la paroisse Saint-Clément de Viauville, à Montréal, mais peu après sa naissance, sa famille s’établira à Verdun où il vivra son enfance et son adolescence. Il est le fils aîné de J. Albert Grégoire et de Marie Lavoie. Il aura deux autres frères et ses parents adopteront, quand il sera dans la vingtaine, neuf cousins et cousines, enfants d’un oncle veuf au terme de ses jours.

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Évêque auxiliaire, puis archevêque de Montréal

Le 27 décembre 1961, il est ordonné évêque, à titre d’auxiliaire de l’archevêque de Montréal, le cardinal Paul-Émile Léger, et désigné aux postes de vicaire général et de directeur de l’Office du clergé. Il s’appliquera notamment à préparer la mise en place des zones pastorales, groupement de paroisses faisant suite à l’enquête socioreligieuse de M. l’abbé Norbert Lacoste sur la pratique religieuse dans le Grand Montréal; le rapport de cette enquête venait d’être déposé en novembre 1961. Pendant la tenue du Concile Vatican II, il sera administrateur du diocèse, en l’absence du cardinal, pour les sessions d’automne 1962, 1963,1965 et participera à Rome à la session 1964.

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Un épiscopat bien rempli

Les années soixante et soixante-dix

Mgr Paul Grégoire assume sa charge à un moment crucial dans l’histoire de l’Église universelle comme dans celle de l’Église diocésaine. Le Concile Vatican II vient de se terminer, en 1965. Il s’agit de lui donner des suites et d’appliquer de façon concrète les grandes orientations qu’il a tracées. Au pays, nous vivions encore la « révolution tranquille » et les bouleversements d’une société qui, pour faire peau neuve, rejette allègrement bien des valeurs et veut tourner le dos au passé. Il s’agit de rassembler toutes les forces vives de la communauté chrétienne pour affronter les vents à venir.

Dans l’allocution inaugurale de son épiscopat, Mgr Grégoire parle d’unité, de rassemblement, de nouvelles structures axées sur la participation des prêtres, des religieuses, des religieux et des fidèles, à tous les niveaux de responsabilités.

Les grands Conseils

En s’appuyant sur des comités provisoires, en y mettant le temps qu’il fallait, Mgr Grégoire s’applique à créer les Conseils suggérés ou prescrits par le Concile Vatican II :

le Conseil presbytéral (1969), pour étudier les questions relatives à la vie et au ministère des prêtres, ainsi que les questions pastorales sur lesquelles les prêtres ont des avis à exprimer;

le Conseil pastoral (1972), majoritairement composé de laïcs, pour collaborer avec l’évêque à la promotion de la pastorale d’ensemble;

le Conseil des religieux (1975), pour assurer à ceux-ci un carrefour d’échanges, en vue d’une meilleure implication dans la vie et l’action de l’Église diocésaine à partir de leurs charismes.

Il faudrait ajouter la formation d’un Conseil qui réunit autour de l’évêque ses collaborateurs immédiats de la curie diocésaine, groupe qui s’est appelé Exécutif de l’Évêque (1971) puis Conseil épiscopal.

La régionalisation

La dimension et l’extrême diversité du diocèse appelaient des instances intermédiaires de regroupement. C’est ainsi que Mgr Grégoire adopte la formule des régions pastorales ayant chacune à leur tête un vicaire épiscopal. Le diocèse compte 1 570 000 catholiques, répartis en six régions pastorales francophones, un groupement des paroisses pour les catholiques de langue anglaise, et un groupement des communautés ethniques et rituelles.

Les vicaires épiscopaux de régions sont nommés à compter de 1976.

Grands projets pastoraux

Ces éléments structurels nécessaires devaient, dans les vues de Mgr Grégoire, soutenir les orientations majeures de l’Église de Montréal, inspirées des grands thèmes du Concile. Ces orientations prennent la forme de projets pastoraux diocésains. Préparés par des équipes ad hoc qui produiront, pour chacun des projets, des documents explicatifs et des instruments pratiques, ces projets ont des titres significatifs et généreux : Bâtir des communautés vivantes (1974), Ensemble annoncer Jésus-Christ (1977), Responsabilités et engagements des chrétiens dans l’Église et dans la société (1982). Ces projets furent providentiellement suivis d’événements festifs qui les prolongeaient en quelque sorte : visite du Pape au Canada, particulièrement chez nous à Montréal (1984), célébration du 150e anniversaire du diocèse (1986), cardinalat de Mgr Paul Grégoire (1988).

Renouveau sacramentaire

Toujours dans la foulée du Concile, les sacrements et leur célébration subirent, sous l’initiative et avec l’appui de Mgr Grégoire, une heureuse cure de rajeunissement. Rappelons la pastorale du baptême des enfants avec le document fort prisé : Porté au baptême (1978), et les comités paroissiaux de pastorale du baptême, d’autres comités pour les sacrements de l’initiation chrétienne (pardon, eucharistie, confirmation).

Il faut greffer ici deux créations qui ont trait, aux sacrements : le Catéchuménat diocésain, mis sur pied en 1968, destiné aux adultes qui demandent la foi et le baptême et qui sont accueillis, initiés et accompagnés par des croyants engagés; l’Office de la famille, lancé en 1980, après trois ans de préparation. Dans une vraie collaboration prêtres/laïcs, on se consacre à revaloriser le mariage chrétien à travers une triple action (préparation au mariage, animation des couples mariés et de leur famille, soutien aux foyers qui connaissent des difficultés particulières).

Prêtres

Mgr Grégoire a toujours fait montre d’une préoccupation attentive pour ses confrères prêtres. Il a multiplié pour eux les initiatives de soutien et de valorisation : c’est son souci de formation permanente, ce sont les diverses formes de recyclage, ce sont les stages de Rome qui ont profité à plus de 264 prêtres depuis vingt-quatre ans, les stages de Pierrefonds à l’intention des prêtres des diocèses du Québec, c’est l’ouverture de la Résidence Ignace-Bourget qui accueille, depuis 1981, les prêtres retraités, autonomes ou malades, les convalescents, avec un service de premier ordre pour les cinquante prêtres qui y logent; c’est à l’autre bout, l’Oeuvre des vocations dont l’action plus nécessaire que jamais, propose aux jeunes l’engagement en Église dans le sacerdoce.

Diacres permanents

Ce retour aux sources, proposé par le Concile Vatican II, a été bien accueilli par l’Archevêque. C’est en 1976 qu’il a ordonné le premier diacre permanent. En 1990, on en comptait 57 (90 en 2000). Rattachés à l’évêque, les diacres accomplissent des ministères de liturgie, de prédication, de témoignage, de service de la charité. Mgr Grégoire a vu à leur formation, à leur croissance spirituelle, grâce aux guides qu’il leur a donnés. Ils sont aujourd’hui de nouveaux et précieux ouvriers dans la vigne du Seigneur.

Laïcs

Mgr Grégoire s’est employé à faire toujours plus grande la place des laïcs et des religieux, femmes et hommes, dans l’Église, leur donnant des mandats pastoraux qui les authentifiaient comme engagés dans l’Église, en pastorale paroissiale, hospitalière, scolaire. Dans les services diocésains, dans les mouvements d’action, dans les groupes spirituels, ils ont des responsabilités réelles, ils apportent une riche contribution à la vie ecclésiale.

L’éducation

On sait les prises de position de l’archevêque dans le domaine changeant de l’éducation. Il a contribué largement à l’expression, par les évêques du Québec, de vues ouvertes, respectueuses de la diversité cultuelle et culturelle de la population. Cela tout en insistant sur la dimension religieuse comme composante essentielle de la formation intégrale des jeunes, ainsi que sur l’apport bénéfique de la pastorale scolaire, que les milieux scolaires apprécient.

Le domaine social

Les démunis, les personnes seules, les immigrants, les itinérants ont toujours été au cœur de ses préoccupations sociales. On sait que dès 1969, il créait la Maison du Père pour les itinérants, œuvre dont on ne compte plus les services dans notre milieu montréalais. On sait aussi les interventions publiques remarquées que l’Archevêque fit lors de la crise d’octobre 1970, lors des conflits hospitaliers et scolaires de 1976, lors de la grève des hôpitaux de 1979. On connaît son accueil aux réfugiés de l’Ouganda en 1979, aux réfugiés de l’Asie du Sud-Est qui suscitèrent tant de générosité chez les membres de l’Église avec les 200 comités formés et les 2 000 personnes accueillies.

Et encore…

Il faudrait encore parler de son soutien indéfectible à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, de la relance du Service de presse, de la relance du Comité de construction et d’art sacré, souligner aussi l’action du Service de pastorale missionnaire, du Comité diocésain sur la condition des femmes dans l’Église de Montréal.

Cardinalat et bilan

Tout cet engagement et ce service généreux à l’Église de Montréal méritaient un repos qui était même devenu obligatoire. Au jour de ses soixante-quinze ans en 1986, Mgr Grégoire présente sa démission au Saint-Père et attend une réponse. Celle-ci tarde à venir pour se présenter au printemps 1988, sous une forme totalement inattendue : Mgr Grégoire sera fait cardinal le 28 juin 1988. Chacun comprend que Jean-Paul II lui apporte la reconnaissance de ses mérites. Docile, Mgr l’Archevêque se rend à Rome, avec ses collaborateurs immédiats.

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La retraite

La vie et le travail reprennent leur cours. Le cardinal Grégoire est docile, mais il est ferme aussi. Au début de 1990, il renouvelle sa demande à Rome. « Je ne me vois pas archevêque de Montréal à 80 ans. » La réponse, cette fois, se fera plus diligente. Le 17 mars 1990, le pape Jean-Paul II l’autorise à prendre sa retraite.

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