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Créativité et liturgie Des repères pour les messes familiales
Haute Fidélité Vol. 127 (2009) Numéro 3Plusieurs paroisses dans notre diocèse offrent des « messes familiales ». Ces initiatives méritent d'être soulignées. Elles témoignent d'une volonté de « prendre un soin particulier des enfants baptisés dont l'initiation doit encore être complétée », puisqu'au plan de la liturgie « les paroles et les signes ne sont pas suffisamment adaptés aux capacités des enfants»1.
Néanmoins, des questions surgissent. Comment concilier créativité et liturgie ? L'abbé Alain Roy, directeur du Service de pastorale liturgique (de 2003 à 2010), a animé des ateliers sur lesmesses familiales2. Cet article rend compte des balises présentées pour encadrer la préparation, l'animation et la présidence des liturgies à caractère familial.
Comment encourager des personnes peu habituées à la messe à participer plus souvent ?
Le meilleur moyen est de bien célébrer, pour que la liturgie soit une expérience positive. Les gens peuvent s'initier à la messe par des catéchèses, des lectures et des ateliers, bien sûr, mais l'expérience liturgique doit être première.
Peut-on prévoir une introduction avant la messe au sujet des symboles de la liturgie ?
C'est possible, dans la mesure où c'est fait intelligemment. Il ne faut pas tout expliquer ou résumer d'avance. Avant une liturgie particulière, comme une célébration du sacrement du pardon, on peut offrir un temps de catéchèse sur le sens de la réconciliation et sur la manière de se confesser. De façon générale, on peut aussi apporter un éclairage aux diverses parties de la messe. Par exemple, inviter l'assemblée à dire des actions de grâce que l'on offrira avec la prière eucharistique3. Des feuillets explicatifs peuvent être à la disposition des gens.
Certains éléments de la liturgie se comprennent aisément - pour autant qu'ils ont été bien préparés. Le chant d'entrée a pour but de constituer l'assemblée. Cela implique donc d'en choisir un qui évoque l'appel de Dieu à se rassembler.
Les premiers mots du prêtre qui préside la célébration sont très importants. C'est le premier contact avec l'assemblée, censé nous signifier que c'est par lui que le Christ a convoqué l'assemblée et que nous sommes en présence du Ressuscité. Il faut éviter le langage banal ou abstrait, privilégier plutôt un ton vrai et direct, une diction normale et naturelle. Le Missel romain invite à une «belle et noble simplicité4 ».
Comment rendre les lectures accessibles aux enfants ?
Le Directoire des messes d'enfants donne plusieurs repères à ce niveau. Si une ou deux lectures sont jugées difficilement compréhensibles par les enfants, il est permis de n'en proclamer qu'une seule, qui sera nécessairement l'évangile. Si on retient deux lectures, l'évangile doit en faire partie5. Il est utile de se rappeler que le lectionnaire a été conçu pour que la première lecture soit en lien avec l'évangile.
Le Directoire admet aussi qu'on omette « l'un ou l'autre verset de la lecture biblique », tant que cela ne modifie pas le sens du texte. Enfin, si aucune des trois lectures ne semble convenir, il est permis d'en choisir une autre, dans le lectionnaire ou dans la Bible, en respectant le temps liturgique6. Ce pourrait être le cas d'un texte biblique employé dans un parcours de catéchèse, s'il n'est pas trop paraphrasé. Entre les lectures, on peut lire seulement certains versets du psaume, prendre un temps de silence méditatif, chanter un chant « de genre psalmique, ou l'Alléluia avec un verset simple. Si l'on ne choisit qu'une seule lecture, le chant pourra prendre place après l'homélie7.»
Pour exercer un discernement en tenant compte des enfants, le Directoire affirme : « Tout dépend de l'utilité spirituelle que la lecture peut leur procurer8. » En effet, des enfants seront plus aptes à vibrer à un récit qu'à un texte compliqué. Il est aussi normal qu'ils puissent entendre la Parole de Dieu dans un langage simple et adapté.Deux autres critères sont à retenir. D'abord, la parole que nous proclamons est plus qu'humaine : elle est sacrée. Ensuite, beaucoup d'adultes (dont les parents des enfants) sont dans nos assemblées : il faudrait éviter qu'ils se sentent infantilisés.
Quelles balises retenir au sujet des lectures ?
Si le texte s'y prête, il est possible de partager une lecture entre quelques enfants9. La proclamation peut être enrichie par un mime, un fond musical ou des images projetées sur écran, mais on évitera toute dramatisation théâtrale. Des gestuelles permettent d'impliquer le corps et les sens des personnes dans l'assemblée : se balancer, lever les bras, battre des mains au rythme d'un chant. La liturgie, c'est « l'action du peuple », mais ce n'est pas un spectacle. Il peut être de mise de signifier à l'assemblée de ne pas applaudir pendant la messe, avant une célébration plus élaborée (Noël, veillée pascale). Si des applaudissements surgissent parfois spontanément, ils expriment la joie et l'appréciation, signe que la liturgie a touché les coeurs...
Avant une lecture, on peut offrir une clé de compréhension sous forme de monition, d'introduction brève, ou même d'acclamation. Il ne s'agit pas de résumer le texte à l'avance, mais bien de centrer l'attention des personnes pour une écoute fructueuse.
Enfin, même si cela paraît élémentaire, il faut soigner plusieurs aspects de la proclamation de la Parole. Le signe du livre de la Parole - le lectionnaire - est crucial. Dès la procession d'entrée, on donne à voir la Parole de Dieu. Un beau livre est de mise, évidemment !
De plus, les lectures, qu'elles soient faites par des laïcs, le président de l'assemblée ou un diacre, doivent être audibles et intelligibles. Il faut ajuster le micro à sa hauteur, quitte à le tester avant la célébration. Le respect de la ponctuation est déterminant. La proclamation doit être faite avec force, clarté et intelligence. Un atelier de lecture de quelques heures peut former les lecteurs et leur permettre de pratiquer, de s'évaluer et de s'écouter. Avant une célébration, les lecteurs marqueront leur page dans le lectionnaire. Quel signe donne un lecteur qui arrive au micro le manteau sur le dos, une feuille pliée à la main? La « pratique dominicale » commence avant la messe, à la maison...
Comment l’homélie peut-elle s’adapter aux enfants ?
Le Directoire prévoit que « l'homélie destinée aux enfants se transformera parfois en dialogue avec eux10. » Comment faire ce dialogue ? On peut les inviter à raconter en leurs mots l'évangile entendu, pour les aider à se l'approprier. On évitera de leur poser des questions comme « Pourquoi Jésus a fait ça ? », qui pourraient les gêner s'ils n'ont pas « la bonne réponse ». On misera sur une image ou un symbole (un vélo, un téléphone...), car cela marque autant les enfants que les adultes. Justement, on doit avoir le souci des adultes au cours d'une homélie dialoguée. Pour les garder attentifs, on peut leur envoyer une question plus difficile « pour aider les enfants ». Engager les adultes leur permet de s'approprier la Parole de Dieu, tout en ne faisant pas de l'homélie un divertissement où figurent des enfants.
D’autres personnes peuventelles interagir avec les enfants ?
Si un prêtre « s'adapte difficilement à la mentalité des enfants », le Directoire spécifie que rien n'empêche qu'un adulte adresse la parole aux enfants après l'évangile, avec l'accord du curé11. Cette intervention peut aider les enfants à faire un lien entre la Parole et leur vie, un thème exploré en catéchèse. Mais attention : nos liturgies ne célèbrent jamais un thème, mais bien Jésus ressuscité.
La profession de foi peut-elle être adaptée aux enfants ?
On peut choisir entre le Symbole des apôtres ou le Credo de Nicée-Constantinople. Le Credo baptismal (sous forme de questions) est une autre option. Il existe des formules de profession de foi dans les manuels de catéchèse, mais vaut mieux les examiner de près avant de les choisir. Le Directoire admet l'emploi d'adaptations du Gloria, Credo, Sanctus et Agneau de Dieu, « même si elles ne concordent pas en tout point avec les textes liturgiques », dans la mesure où elles facilitent la participation aux chants12. Par la même occasion, des adultes se trouvent eux aussi initiés...
Peut-on composer d’autres prières universelles que celles suggérées ?
C’est possible, en suivant la formule d’une intention de prière universelle13.
Peut-on adapter la prière eucharistique? Comment impliquer les enfants ?
Il faut soigner la proclamation de la prière eucharistique autant que l'évangile et l'homélie. On peut choisir la prière eucharistique pour assemblée d'enfants. « Rien n'empêche que les textes des prières du Missel romain soient adaptées aux besoins des enfants14 », si cela se fait dans le respect de la forme et la nature d'une prière eucharistique.
Les enfants peuvent participer à la procession des offrandes, ou simplement l'accompagner. On apporte l'essentiel, soit les dons que l'Esprit transformera (pain, vin, eau) à la fin de la procession. Celle-ci peut débuter avec des fleurs et des objets symboliques tels qu'une création des enfants. On évite d'inclure des objets de la vie courante qui banaliseraient l'offertoire ou en feraient un fourre-tout...
Le Directoire suggère d'inviter les enfants à la prière sur les offrandes, au Notre Père, à l'échange du signe de paix15. On peut donc rassembler les enfants autour de l'autel pendant la prière eucharistique, leur demander de s'incliner avec toute l'assemblée pour saluer le Seigneur dans le pain et le vin. Une inclinaison avant la communion dispose aussi à l'intériorité.
« Par lui, avec lui et en lui… » : qui le dit ?
C'est une partie de la prière présidentielle. L' «amen» est la réponse de l'assemblée. Le chanter met l'accent sur le dialogue prêtre-assemblée.
Le « pain des petits » : qu’en penser ?
Certains milieux tiennent à «donner quelque chose» aux enfants. Il peut pourtant être bon pour eux d'expérimenter le manque. On peut plutôt miser sur un geste spécial : les ministres peuvent bénir les enfants qui se présentent les mains croisées sur le coeur dans la procession de communion.
Si on tient à offrir le «pain des petits» ou «le pain de l'amitié» aux enfants, il faut bien le distinguer du pain eucharistique par ces critères :
- utiliser du vrai pain et non des craquelins
- poser le pain des petits sur la crédence, jamais sur l’autel
- le distribuer aux enfants après la communion, par d’autres ministres et ailleurs qu’aux endroits désignés pour la communion.
Quels autres rôles peuvent jouer les enfants ?
Ils
peuvent aider à l'accueil, participer à un chant,
jouer d'un instrument. Les plus âgés
peuvent
faire une lecture ou servir la messe
avec un
adulte. Les plus jeunes peuvent lire
avec un
grand-parent ou avec l'aide d'un
diacre.
Demander à un enfant d'être ministre
de
communion est bien délicat : ça dépend
de la
maturité, des perceptions des gens...on
peut privilégier d'autres rôles.
N'oublions pas les adolescents ! Ils peuvent jouer des rôles à la mesure de leur âge et de leurs talents : vidéo, projection, musique... Engageons-nous assez leur créativité ?
Si on célèbre bien et que tous les âges y trouvent un sens, at-on besoin de messes familiales ?
Selon les circonstances, on peut « spécialiser » une messe pour s'adresser plus spécifiquement à une catégorie de l'assemblée : messes familiales, messes jeunesse... Toutefois, il ne faut pas le faire au détriment de la messe ordinaire.
Tous les baptisés ont une expérience de la famille. L'Église elle-même est familiale. Ne serait-il pas naturel que toutes les messes tiennent compte des familles et de tous lesâges de la vie ?
2 Un atelier avec des prêtres, desmembres d’équipes pastorales et d’équipes de liturgie, donné à Laval, le 31 mars 2009, ainsi qu’un atelier avec les Répondantes et Répondants du service à l’enfance du diocèse, donné le 26 août 2009.
3 Directoire des messes d’enfants, no 22.
4 Présentation générale du missel romain, trad. Association épiscopale liturgique pour les pays francophones, 3e éd., 2002, art. 42.
5 Directoire des messes d’enfants, no 42.
6 Directoire des messes d’enfants, no 43.
7 Directoire des messes d’enfants, no 46.
8 Directoire des messes d’enfants, no 44.
9 Directoire des messes d’enfants, no 47.
10 Directoire des messes d’enfants, no 48.
11 Directoire des messes d’enfants, no 24.
12 Directoire des messes d’enfants, no 31.
14 Directoire des messes d’enfants, no 51.
15 Directoire des messes d’enfants, no 23.



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