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Vers des communautés mystagogiques
Haute Fidélité Vol. 127 (2009) Numéro 2La pratique contemporaine du catéchuménat a permis de redécouvrir la mystagogie. Le Rituel de l'initiation chrétienne des adultes 2 parle en effet du « temps de la mystagogie » comme dernière période de l'initiation chrétienne3. Le processus catéchuménal ne brûle donc pas les étapes. Une fois les sacrements d'initiation reçus, il respecte la maturation de la foi des néophytes. Ces « nouvelles pousses » ont encore besoin de proximité et d'attention pour recueillir « l'expérience et les fruits des sacrements reçus » et entrer « plus profondément, dès le temps pascal, dans la vie et la mission de la communauté des fidèles4. »
C'est le jour de Pentecôte que les nouveaux baptisés quittent symboliquement leur condition de néophytes, en entendant l'évangile de Jean : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie». Ayant dit cela, il souffle sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit saint » (Jn 20,21-22). Ainsi, du signe de croix, premier geste de l'initiation chrétienne, à l'envoi dans le souffle de l'Esprit de Pentecôte, c'est tout l'itinéraire catéchuménal qui fait entrer les catéchumènes dans le mystère de la foi, qui fait oeuvre de « mystagogie5. » Celle-ci s'accomplit « d'abord dans la manière dont la liturgie est célébrée, en tant qu'elle est porteuse du mystère et introduit dans toute sa profondeur6. »
Un « programme » mystagogique?
Quant au temps de la mystagogie proprement dit, il est expérimenté de diverses manières aujourd'hui7. Selon le RICA, il ne nécessite aucun dispositif particulier : les messes du temps sont dites « messes pour les néophytes », ceux-ci prenant une place particulière dans l'assemblée. La catéchèse mystagogique s'appuie sur les sacrements reçus et les textes liturgiques des dimanches du temps pascal8. Un temps à vivre dans la simplicité et la joie par des communautés renouvelées et confirmées par Dieu dans leur mission. La présence de nouveaux membres les institue comme « communautés mystagogiques ». Elles soutiennent les néophytes dans leur apprentissage de la vie chrétienne par « l'approfondissement du mystère pascal », afin qu'ils puissent « le traduire toujours plus dans leur vie9. »
Il n'y a rien à inventer, que s'appuyer sur ce qui fonde toute communauté : la méditation de l'Évangile, la participation à l'eucharistie et l'exercice de la charité10. De manière plus précise, le RICA envisage de marquer la clôture de la période mystagogique par une célébration11, de proposer une rencontre de néophytes lors de l'anniversaire du baptême12 et un rendez-vous annuel avec l'évêque13.
Mais les difficultés ne manquent pas. D'une part, la plupart des communautés chrétiennes ne sont pas encore vraiment habituées à soutenir spontanément la vie chrétienne des néophytes, d'autant plus que ceux-ci sont rarement conformes à ce qu'elles attendaient. L'élémentaire est d'ailleurs de leur laisser la parole afin qu'ils puissent dire eux-mêmes la manière dont l'itinéraire liturgique et catéchétique qu'ils viennent de vivre nourrit leur vie chrétienne naissante14. Ce témoignage est précieux pour envisager quel suivi possible à partir de chacun d'entre eux. D'autre part, les néophytes ne sont pas forcément présents aux rendez-vous mystagogiques avec l'assemblée durant le temps pascal. Après tant d'attente et de désir, ils vivent souvent leur baptême comme un point d'arrivée. Quant aux accompagnateurs et aux communautés, il leur est difficile de ne pas survaloriser le temps de cheminement par rapport au temps pascal et d'envisager un processus catéchuménal qui se poursuive après Pâques.
Quelle inspiration pour l’ensemble de la pastorale?
Si la pratique liturgique et sacramentelle est souvent conçue comme le sommet de la vie chrétienne, la mystagogie invite à la considérer aussi comme source : « La liturgie est le sommet auquel tend l'action de l'Église, et en même temps la source d'où découle toute sa vertu15. » Il ne suffit pas de guider les personnes que l'on accompagne vers un sommet sacramentel à atteindre. Il est nécessaire aussi de les « assurer » dans la descente vers la plaine de la vie chrétienne ordinaire.
Là encore, elles auront besoin de puiser à la source catéchétique et liturgique. La démarche catéchuménale, parce qu'elle fait déborder l'initiation chrétienne de la « finale » de la vigile pascale, invite ainsi la pastorale des sacrements à ne pas tout miser sur « l'avant », sur la préparation, comme si le sacrement était un but à atteindre. Il s'agit plutôt aujourd'hui de construire des itinéraires de type catéchuménal vers les sacrements16 dans une perspective mystagogique, c'est-àdire en articulant étapes liturgiques et temps de catéchèse, et en instituant un « temps de l'après ». Un sacrement ne se prépare pas, mais se vit tout au long du cheminement - et après ! -, par la grâce sacramentelle qui déborde le geste ponctuel du sacrement au sens strict. L'amour de Dieu est toujours en excès.
En fait, le temps de la mystagogie a-til une fin ? Une fois « fidèles », les nouveaux chrétiens n'auront-ils pas encore à être accompagnés durant leur vie chrétienne ordinaire ? Nous avons à nous débarrasser de nos rêves d'achèvement, d'initiation parfaitement « bouclée », de néophytes parfaitement initiés et « ecclésialisés ». La présence d'un temps de mystagogie dans le processus catéchuménal dit aussi la nécessité d'une catéchèse permanente articulée à l'année liturgique. Car n'a-t-on jamais fini de pénétrer la profondeur du mystère de Dieu ? N'a-t-on jamais fini de devenir chrétiens ? Notre « oui » à Dieu, notre réponse à son appel ne sont-ils pas toujours à redire, à réaffirmer, à recommencer ?
Finalement, la prise en compte mystagogique des néophytes durant le temps pascal ne peut que nous inviter à nous rapprocher de toutes celles et ceux qui frappent aujourd'hui à la porte de l'Église : en premier lieu des recommençants, des non habitués, des débutants dans la foi. Auprès d'eux, nos communautés sont en apprentissage. Avec eux, elles ont à construire des itinéraires catéchétiques de type catéchuménal et sont invitées à devenir des communautés mystagogiques qui se laissent conduire et initier par le mystère pascal qu'elles ne cessent d'annoncer.
Roland Lacroix 1
1 L'auteur a été responsable du catéchuménat et de la pastorale des recommençants dans le diocèse d'Annecy, en France, pendant plusieurs années. Il y poursuit son engagement comme formateur, tout en enseignant à l'Institut supérieur de pastorale catéchétique, à Paris.
3 Voir notes pastorales du RICA n° 42, 44 et 236 à 243.
4 RICA, n°42.
5 Le mot «mystagogie » vient du grec : agein = conduire, mysterion = mystère.
6 RICA, n°42 (renvoi à la note de bas de page).
7 En France, le diocèse de Nanterre vient par exemple de publier un petit fascicule à destination des néophytes et, plus largement, de tous les baptisés, pour vivre le temps mystagogique de Pâques à Pentecôte : Printemps de Pâques. Chemins de prière et de partage de la Résurrection à la Pentecôte, Diocèse de Nanterre, 2009.
8 Voir les catéchèses mystagogiques des Pères de l'Église, par exemple Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, Sources chrétiennes n° 276, Le Cerf, 1966 ; voir aussi Christian Salenson, Catéchèses mystagogiques pour aujourd'hui. Habiter l'eucharistie, Bayard, 2008.
9 RICA, n° 236.
10 RICA, n° 236.
11 RICA, n° 241.
12 RICA, n° 242.
13 RICA, n° 243.
14 Je me permets à ce propos de renvoyer à mon livre, Vivre le baptême. Dialogue entre nouveaux chrétiens, Lumen Vitae/Novalis/Les Éditions de l'Atelier, 2009.
15 Concile Vatican II, Constitution de la sainte liturgie Sacrosanctum concilium, n° 10.
16 Voir Jean-Claude Reichert (dir.), Des itinéraires de type catéchuménal vers les sacrements, Service national de la catéchèse et du catéchuménat, Bayard, 2007.



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