(Radio-Vatican) Jean Vanier, fondateur de l’Arche, a reçu à Londres le prix Templeton, qui honore chaque année une personnalité ayant contribué à promouvoir la dimension spirituelle de la vie.

Humaniste, philosophe, théologien, ce canadien francophone a été récompensé pour sa découverte innovatrice sur le rôle central des personnes les plus vulnérables dans la création d'une société plus juste, inclusive et humaine. Ce prix déjà attribué à des personnalités telles que Mère Téresa, Desmond Tutu et le Dalaï Lama, est l'une des plus importantes distinctions honorifiques au monde, dont la valeur s'élève à près de 1.7 millions de dollars.

L'Arche, est une fédération qui regroupe aujourd'hui 147 communautés réparties dans 35 pays et 5 continents.  Ces communautés sont des lieux de vie uniques, où les personnes ayant une déficience intellectuelle et ceux qui les accompagnent partagent un quotidien riche en relations mutuelles et proposent un projet de société innovateur. Il a également cofondé avec Marie-Hélène Mathieu, Foi et Lumière, un réseau de communautés de rencontre, de partage et de soutien à l'intention des personnes ayant une déficience intellectuelle et leur entourage. On en compte aujourd'hui 1 500 dans 82 pays.

Interrogé par Hélène Destombes Jean Vanier se réjouit de cette reconnaissance qui met en lumière son œuvre en faveur d'une culture de la rencontre et de la paix :

C'est super parce que ça attire l'attention sur les personnes qui ont un handicap. Et ça, c'est important parce ce qui est particulier à l'Arche, comme à Foi et Lumière, c'est la révélation que des gens qui ont un handicap mental sont des gens supers. Ils n'ont pas développé leurs têtes mais ils ont des cœurs et il faut qu'on se souvienne, mais on oublie trop vite que des personnes avec un handicap étaient vues pendant longtemps, plus ou moins, comme une punition de Dieu, comme une honte, et ils étaient très vite enfermés dans de grandes institutions. Et on lit dans l'Évangile de Saint-Jean que les disciples en face d'un homme qui est né aveugle ont demandé à Jésus si c'est à cause de ses péchés ou le péché de ses parents qu'il est né ainsi. Donc, il y a une sorte de révolution. Nous, nous disons que loin d'être ceux qui sont punis par Dieu, ce sont eux qui peuvent nous conduire vers Dieu, qui peuvent nous conduire à devenir plus humains, plus ouverts, plus aimants. Alors, qu'il y ait un prix pour cela, ça aide les gens à dire « Tiens, il y a peut-être quelque chose là-dedans qu'il faut regarder d'un peu plus près ».

Recevoir cette récompense, c'est en quelque sorte un encouragement à poursuivre, à travers l'Arche, votre œuvre d'insertion, de transmission des valeurs de paix et de tolérance ?

Certainement. Il faut aussi continuer à œuvrer ensemble d'une façon interreligieuse et d'un point de vue œcuménique, de continuer et encourager les gens à rencontrer les personnes avec un handicap, non pas juste pour faire des choses pour eux mais entrer en relation et découvrir qu'ils peuvent nous aider à devenir plus libres, à faire tomber nos préjugés, à faire tomber les idées que nos sociétés et l'Église doivent être bâties sur des échelles. L'important, c'est que chacun découvre pour qu'entrer dans le corps mystique. le corps de l'Eglise, il faut devenir plus aimant.

Plusieurs personnalités ont reçu ce prix tels que Mère Teresa ou Desmond Tutu. Vous percevez des similitudes entre le combat qu'ils ont mené et le vôtre ?

Oui, nous œuvrons pour la paix. Mère Teresa œuvrait pour des gens qui ont été rejetés. C'était d'abord les gens dans les rues de Calcutta. Desmond Tutu œuvrait surtout pour que des gens se retrouvent ensemble. Et il a aussi reçu un prix pour le travail qu'il a fait pour l'œuvre de réconciliation, de ramener les gens ensemble. Et donc, l'Arche, c'est la même chose. Tout le but de l'Arche, c'est de rapprocher des gens qui, de fait, sur le plan humain, sont à des extrémités. Les personnes qui s'engagent à l'Arche viennent de vie professionnelles différentes, de formations différentes et ils viennent vivre avec les personnes avec un handicap et tous les deux sont transformés, deviennent plus humains. Donc, nous œuvrons tous, je dirais, pour la paix. Nous œuvrons pour rapprocher les gens pour qu'ils se rencontrent, les yeux dans les yeux, le visage sur le visage, de cœur à cœur, de personne à personne ! Le danger de notre monde, c'est qu'on ne rencontre pas l'autre, différent, et on le juge ou on le critique.

Ce prix s'accompagne d'une somme très importante, plus d'un million d'euros. Comment allez-vous utiliser cette somme ?

L'argent va être donné à deux associations financières que nous avons et qui vont débourser de l'argent dans des situations qui aideront les personnes avec un handicap à grandir. Par exemple, une des choses que j'aimerais beaucoup, c'est de créer des situations où ils peuvent venir assister à des retraites gratuitement. Il faut trouver des situations où ils peuvent découvrir Jésus, découvrir leur propre beauté. Et donc, je vais donner aux associations quelques règles parce que ça sera toujours pour aider les personnes avec un handicap à trouver un épanouissement plus grand, d'approfondir leur vie de foi, d'œuvrer pour que les gens dans la société puissent les reconnaitre davantage, etc.

Votre œuvre a un impact social et humain incontestable. Quel est l'impact spirituel ?

Aujourd'hui, je crois beaucoup qu'il faut créer des communautés qui rayonnent les valeurs de l'Évangile, qui est de vivre ensemble toutes les Béatitudes et de découvrir que la vie des Béatitudes, la vie de l'Évangile peut être vécue tout simplement en vivant ensemble. Vous savez comment Jésus dans le  chapitre 25 de Saint Mathieu dit « tout ce que tu fais aux plus pauvres des miens- et il cite ceux qui ont faim, soif, ceux qui sont nus- c'est à moi que vous le faites ». Le message de l'Évangile, c'est devenir des hommes et des femmes de compassion. Si vous devenez des hommes et des femmes de compassion, vous devenez comme Jésus.

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