Montréal

Un frère, un Pape et un penseur musulman sur la même scène

Le dimanche 11 octobre, de 15 h à 17 h, le Centre culturel de la Fondation Horizon Québec, au 1440, rue de Jaffa à Laval, a accueilli une table ronde spéciale consacrée à la paix. Organisée par la Fondation Horizon du Québec avec l'Institut du dialogue interculturel (IDI) – Québec et le Vicaire épiscopal et directeur de l'Office des communautés culturelles et rituelles de l'Archidiocèse de Montréal, la rencontre s'inscrivait dans les célébrations du 800e anniversaire de saint François d'Assise.

Le titre lui-même était un petit geste de paix : « Saint François, le pape François et la perspective de Fethullah Gülen sur la paix ». Un frère du Moyen Âge, le regretté pontife et un penseur musulman turc, réunis côte à côte pour montrer que la paix n'a jamais appartenu à une seule tradition.

Les intervenants

La conférence principale a été confiée au père Jean-Pierre Ducharme, ofm, ministre provincial des Frères mineurs (Toronto). L'invité d'honneur était le professeur Suat Yıldırım, théologien et écrivain. Sont également intervenus Alessandra Santopadre, adjointe aux communautés culturelles et rituelles du diocèse de Montréal, et l'imam Beytullah Çolak.

Trois points de départ, une même destination

L'intervention au nom de l'IDI a mis en regard les trois figures, sans gommer leurs différences.

Saint François : la paix comme rencontre. En 1219, en pleine Cinquième Croisade, le Poverello a traversé sans armes les lignes ennemies pour parler au sultan al-Malik al-Kamil. Il n'a pas mis fin à la guerre, mais il a laissé une idée appelée à durer : l'autre a un visage et sait se montrer hospitalier. Non pas la tolérance à distance, mais s'asseoir sous la même tente.

Le pape François : la fraternité comme choix. Le pontife a donné une structure à cette intuition. En 2019, à Abou Dhabi, il a signé avec le Grand Imam d'Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb, le Document sur la fraternité humaine ; en 2021, il a rencontré à Najaf le grand ayatollah al-Sistani. Dans l'encyclique Fratelli tutti, il invite à rêver « en tant qu'une seule et même humanité ».

Fethullah Gülen : la paix par l'éducation. Pour Gülen, l'ignorance, la pauvreté et la division se nourrissent mutuellement, et la réponse la plus durable est un cœur éduqué. D'où les écoles du mouvement Hizmet (« service »), qui réunissent des élèves de toutes origines. Inspiré par le poète soufi Yunus Emre (« Nous aimons la créature pour l'amour du Créateur »), il a condamné la violence contre les innocents et rencontré Jean-Paul II en 1998.

Trois traits communs sont ressortis avec force. Aucun des trois ne demande à l'autre de cesser d'être lui-même. Tous traitent le dialogue comme une action, souvent coûteuse. Et tous partent des périphéries et d'une forme de désarmement intérieur: avant de devenir un programme, la paix est une disposition du cœur.

De la théorie à la cité

La question finale n'était pas de savoir si l'on admire ces figures, mais quelle part de leur méthode est à notre portée, cette année, au Québec. Ouvrir écoles, paroisses et centres culturels à une rencontre authentique; faire cette visite inconfortable que l'on remet depuis longtemps; bâtir ensemble quelque chose de durable.

On a aussi rappelé les paroles du pape Léon XIV, le 28 septembre à Metz : « Promouvoir la paix est une tâche active ». Il invitait les jeunes à la vivre dans leurs familles, leurs écoles et leurs villes.

Le message que les participants ont rapporté chez eux : la paix n'est pas l'absence de différences, mais ce que des personnes qui restent différentes choisissent malgré tout de construire ensemble.

Par Alessandra Santopadre
Adjointe, Office des communautés culturelles et rituelles
Responsable, Programme de parrainage, réfugiés et demandeurs d'asile

Archidiocèse de Montréal