Le célibat selon l'Église catholique

Célibat

Sur le chemin d’une existence chrétienne, « être seul » est une expérience pouvant être vécue de façon plus ou moins positive, selon le contexte. Pour bien des gens, être célibataire, c’est une étape nécessaire de la vie, un moment passionnant où le monde nous apparaît comme un espace infini ouvert aux rencontres. Pour d’autres, toutefois, qui se sont retrouvés célibataires sans l’avoir désiré (rupture ou décès), le célibat est plus difficile à vivre. Après l’euphorie de l’amour et de la vie de couple, il leur faut apprendre à accepter leur nouvelle vie avec sérénité. D’autres individus, après un bon temps de discernement, embrassent le célibat comme un moyen spécial de vivre leur relation d’amour avec le Christ et l’Église.

Rappel d’une évidence oubliée : le célibataire est uni au Christ depuis son baptême

Une personne célibataire qui n’a pas fait ce choix de vie (après discernement) se sent souvent inférieure à ceux et celles qui ont une vocation clairement définie et choisie (tels que le mariage ou la prêtrise); pour elle, le célibat est au mieux une phase transitoire de la vie chrétienne, une sorte de non-lieu dont elle doit sortir à tout prix, un sous-état qui affaiblirait beaucoup son lien avec le Christ et l’Église.

En vérité, une telle vision des choses n’est pas fondée. Les personnes célibataires oublient trop souvent que par leur baptême (cet événement mystérieux par lequel ils sont devenus des chrétiens), le Christ a pris possession de leur vie de la manière la plus profonde qui soit. Depuis ce jour, Jésus les invite à unir leur vie à la sienne. Par leur baptême, les personnes célibataires ne s’appartiennent donc plus; désormais, leur Maître, c’est le Christ. De cette dépossession de soi découle un appel profond au don de soi, à Dieu et aux autres, un appel à la sainteté, selon les termes de l’Église. 

Le baptême est le fondement du célibat

Le baptême offre donc une base solide pour la vie de célibataire, qu’il s’agisse d’une étape passagère ou d’une forme de vie stable dans laquelle la personne célibataire est invitée à se découvrir elle-même.

Voici quelques-unes des caractéristiques du solide fondement apporté par le baptême à la vie d’une personne célibataire :
 

  • La personne célibataire est précieuse au regard de Dieu.

  • Devenue membre de la vie du Christ par le baptême, la personne célibataire est appelée à partager sa vie et sa lumière avec les autres. Par sa vie, elle participe de la richesse du Royaume de Dieu déjà présent mystérieusement du Terre.

  • La personne célibataire est connue et aimée intimement par Jésus-Christ. Dieu ne l’a pas oubliée.
     

La personne célibataire a été introduite dans la communion avec la Trinité avec tous les chrétiens de l’Église; elle n’est jamais vraiment seule. Cette communion spirituelle définit toute son existence, même lorsque qu’elle se sent seule.

Voir le célibat d’un regard neuf

Quand on y pense bien, le baptême permet de porter sur le célibat un regard renouvelé, bien différent de la conception qu’en véhicule la culture populaire.  

Non, le célibat n’est pas un état – ou mode - d’existence déprimant et en-attente-de-quelque-chose-de-mieux. Bien au contraire, le célibataire chrétien est une personne dont la vie tout entière (les hauts et les bas, les joies et les peines) a été incorporée par le baptême à celle du Christ, ce qui l’ouvre à une grande aventure; toute sa vie est déterminée par cette appartenance sublime.

Prêtons attention quelques instants aux paroles du pape Benoît XVI qui rappelle magnifiquement le grand mystère du baptême de chaque chrétien :
 

Notre vie appartient maintenant au Christ, et non plus à nous-mêmes.... À ses côtés, submergés par son amour, nous sommes libérés de la peur. Il nous enveloppe et nous porte partout où nous allons, lui qui est la Vie en soit! (7 avril 2007)


Oui, la vie de chaque personne baptisée - célibataire - est tout entière submergée en Dieu, dans son amour qui libère de la peur, qui enveloppe et qui porte dans l’Amour.

Embrasser la vie de célibataire avec cette nouvelle conscience de soi en Dieu

Combien de célibataires vivent leur vie quotidienne avec une telle conscience de soi en Dieu ? Combien d’entre eux se considèrent enveloppés par Son amour à chaque instant?

Le baptême n’est pas qu’un vague fondement théologique du célibat; il contient et révèle la mission spéciale de toute personne célibataire : un appel à aimer, en réponse à l’amour de Dieu qui l’a aimée en premier. Voilà son appel, voilà sa mission spéciale et grandiose!

Quoi! Un appel à aimer? N’est-ce pas justement cela la première frustration d’une personne célibataire? Elle ressent un appel à l’amour, voire un profond désir d’intimité… sans pouvoir combler ni l’un ni l’autre. Quelle est donc la signification profonde de cet appel à aimer? Peut-il se réaliser en dehors des liens de l’amour conjugal?

L’appel à l’amour s’adresse-t-il uniquement aux personnes mariées ou consacrées, et aux prêtres?

Quelle est la nature propre de l’appel à l’amour de la personne célibataire?

Lorsqu’elle entend l’Église rappeler toujours que le mariage (et la famille, cellule fondamentale de la société et l’un des fondements de l’Église) constitue l’une des plus nobles formes d’amour, à l’image (imparfaite, certes) des relations entre les Personnes mêmes de la Trinité, la personne célibataire peut être profondément troublée, voire frustrée.

De même, lorsque l’Église parle de la beauté de la vocation à la chasteté consacrée, tant pour les hommes (la prêtrise) que pour les femmes (les vocations religieuses, cloitrées ou non) : il s’agirait, selon elle, de la forme la plus haute de l’amour spirituel - alors que l’amour humain se réaliserait, lui, dans le mariage.

Mais alors, quels beaux discours l’Église fait-elle entendre aux personnes célibataires, qui désirent eux aussi vivre une haute forme d’amour et d’engagement intime, alors qu’elles n’en ont pas encore la possibilité – et que cette situation risque de durer encore longtemps, sinon toute la vie?

L’Église a-t-elle des paroles inspirantes à adresser à ces célibataires?

Le célibat et la théologie du corps

Bonne nouvelle : le regretté pape saint Jean-Paul II, dans une série d’enseignements communément appelés « Théologie du corps », a consacré beaucoup de temps à parler de l’appel universel à l’amour. Au cœur de cette théologie du corps, il a développé l’idée selon laquelle le désir d’amour est enraciné profondément dans le cœur humain. Ce faisant, Jean-Paul II a fait prendre conscience à l’Église que ce désir d’aimer et d’être aimé ressenti par les femmes et les hommes trouve son origine dans leur création « à l’image de Dieu », qui s’est révélé comme Amour infini.

Un deuxième élément central de la théologie du corps, c’est l’idée du don. Le Christ Jésus, qui est la révélation du Père éternel, Dieu-Amour, a enseigné que toute vie reçue de Dieu est faite pour être donnée, comme Il l’a fait jusqu’à la croix, comme preuve d’amour ultime et insurpassable.  Ainsi, toutes les personnes unies au Christ par le baptême sont appelées elles aussi à faire don de leur vie, à sa suite; en vérité, toutes les vocations chrétiennes – ou états de vie – ont cet élément central en commun, seuls les modes du don changent.

Jean-Paul II a rappellé que, par son baptême, chaque chrétien a été uni à la Trinité et appelé à entrer dans l’« éternel échange d’amour » entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Trop beau pour être vrai? Pourtant, aucun être humain, qu’il soit chrétien ou non, ne peut nier qu’il ressent dans son cœur cet appel à l’amour, ce désir d’aimer et d’être aimé. Les chrétiens, pour leur part, se sentent appelés à entrer dans ce mouvement de don et de réception d’amour, qui culmine dans le don de soi-même en offrande aux autres, à l’image du Christ.

La « logique de l’amour » chrétien

Voici la « logique chrétienne de l’amour » : chacun de nous est appelé à recevoir sa vie comme un don et à l’offrir – la redonner –  en retour. Cette logique de l’amour, Jean-Paul II l’a arrimée au mystère de la « famille » de la Trinité, et a invité tous les chrétiens à y contempler (découvrir) le mystère de leur propre vocation… y compris les personnes célibataires!

Voilà donc révélée la vocation, ou « l’appel », de la personne célibataire dans l’Église.

Suivant cette logique chrétienne de l’amour, l’Église propose traditionnellement deux « formes » stables de ce don : la vie consacrée (chasteté) et le mariage.

Les trois dimensions de l’existence chrétienne

Dans sa Théologie du corps, Jean-Paul II développe la thèse des trois dimensions de l’existence chrétienne : ainsi, dans sa vie, le chrétien est appelé à la « filiation » (être enfant), au « mariage » (être époux-épouse) et à la « paternité » (devenir mère ou père). En d’autres termes, il est appelé à recevoir sa vie de Dieu le Père (l’enfance), à vivre sa vie dans une disponibilité totale – réponse - à l’appel de Dieu (le mariage), et à partager sa vie et sa foi avec les autres (la paternité ou maternité).

Mais alors, qu’en est-il de la personne célibataire qui ne vit pas le don de soi dans le mariage ou la vie consacrée?

Dans un livre portant sur la Théologie du corps, Carl Anderson et José Granados ont proposé une réponse très intéressante :

 

« Ce que nous avons dit dans ce chapitre met aussi en lumière le voyage des célibataires qui, sans faute de leur part, n’ont pas trouvé de place dans l’un de ces deux états de vie. Comme tout homme et toute femme, les célibataires participent à la vocation commune d’aimer et d’incarner le triple modèle de l’enfant, du conjoint et du parent.

 

Ils sont appelés à trouver des moyens concrets d’offrir leur vie (dans leur travail, dans la société et dans leurs services à ceux dans le besoin) comme un don fructueux aux autres de manière à les conduire à Dieu. Jean Paul II a écrit : « Personne n’est sans famille dans ce monde : l’Église est une maison et une famille pour tous. » (La beauté de l’amour et la splendeur du corps : À l’école de Jean-Paul II, p. 224-225)
 


En répondant à l’appel à l’amour qui leur est adressé depuis leur baptême, les personnes célibataires deviennent partie intégrante de l’Église et reçoivent une mission spéciale dans le monde : offrir leur vie pour l’avancement du Royaume de Dieu sur Terre.

Vous désirez en savoir plus sur la théologie du corps ?

Le Centre diocésain pour le mariage, la vie et la famille peut vous aider à approfondir cette fascinante théologie. Le Centre possède plusieurs ressources et organise des formations et des événements sur ce sujet. N’hésitez pas à communiquer avec nous pour obtenir plus d’informations, nous vous attendons!

La nouvelle sensibilité de l’Église à la mission des célibataires dans le monde

Il y a de cela quelques décennies, l’Église catholique a connu une vraie révolution dans sa façon de considérer la vocation et la mission des chrétiens laïcs (les baptisés qui ne sont ni religieux ni consacrés et qui vivent une vie normale dans le monde). Cette révolution a fortement valorisé leur place et leur rôle (vocation et mission) dans l’Église.

Pourtant, depuis les origines de l’Église, ces laïcs ont toujours composé plus de 90 % (voire plus) des membres baptisés de l’Église; cependant, pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer ici, l’Église avait jusqu’alors toujours présenté les vocations religieuses et consacrées comme étant supérieures qualitativement à la simple vocation de laïc. (Et cela même si, dans l’Histoire de l’Église, plusieurs mamans n’ont pas manqué de rappeler à leur fils élu pape qu’il était d’abord et avant tout le fruit du mariage entre deux … laïcs!)

Depuis la fin du Concile Vatican II (1961-1965), la vocation et la mission des chrétiens laïcs ont été valorisées dans plusieurs documents officiels de l’Église : Lumen Gentium (Lumière des Nations, au chap. IV), un fruit du Concile; de même, Christifideles laici (Les fidèles laïcs), publié par le pape Jean-Paul II en 1988; on pourrait aussi citer plusieurs textes majeurs consacrés par les papes récents et l’Église sur la théologie de la nouvelle évangélisation, qui insistent beaucoup sur le rôle missionnaire de chaque baptisé laïc dans l’Église.

Les célibataires au « cœur du monde »

L’idée maîtresse de cette nouvelle sensibilité, c’est que TOUS les catholiques, peu importe leur état et vocation dans l’Église, possèdent la même dignité originelle, reçue lors de leur baptême. En d’autres termes, les prêtres, personnes consacrées, religieux et religieuses, ne sont plus considérés comme supérieurs aux laïcs (et ce même si seuls les prêtres devenus évêques puis cardinaux – et pour l’un d’eux, pape - possèdent le pouvoir décisionnel ultime). Aussi, TOUS les catholiques sont tenus également responsables, par leur baptême, de l’Église et de sa mission d’évangélisation.

Ce changement de mentalités, ce nouveau regard porté par l’Église sur les chrétiens laïcs, en plus de constituer pour eux une extraordinaire Bonne Nouvelle, les invite – surtout les célibataires – à prendre conscience de leurs responsabilités, de leurs rôles et de leur mission particulière, eux qui vivent au « cœur du monde » (et non dans les couvents, monastères et églises).

En effet, le cœur du monde, ce sont les lieux où les gens ordinaires – chacune étant aimée de Dieu d’un amour infini - vivent et travaillent, se divertissent, se nourrissent, sont éduqués, soignés, reçoivent des services, etc. Ce sont dans ces lieux variés où bat le cœur du monde que le laïc célibataire (entre autres) peut vivre une rencontre missionnaire avec ces gens aimés de Dieu (la plupart ne le sachant pas), ces milieux étant plus difficilement accessibles à un prêtre ou une personne consacrée, qui vivent leur mission le plus souvent dans un environnement tout autre.

Les laïcs doivent aller vers les « périphéries »

Depuis son élection, le pape François a invité l’Église - ses membres - à aller vers les périphéries pour étendre son champ d’action missionnaire; cette analogie signifie que les chrétiens doivent quitter leur confort pour aller à la rencontre des gens et des milieux hors des cercles réguliers d’influence de l’Église. François a même ajouté que l’Église ne devait pas hésiter à se salir les mains, à quitter le confort de ses certitudes et de ses habitudes, pour aller rejoindre les gens et milieux des périphéries.

Les laïcs, en vertu de leur plus grande disponibilité et liberté, de la grande variété de leurs talents et de leurs dons, sont tout désignés pour rejoindre ces périphéries à la fois physiques (lieux où l’Église n’est pas présente) et existentielles (là où la lumière du Christ n’est pas présente dans le cœur des gens). Les célibataires qui en ressentent l’appel sont invités à aller y répandre l’amour de Dieu, en offrant leur vie et leur personne, à l’avancement du Royaume de Dieu dans les coeurs.

Les célibataires et l’appel universel à la sainteté

Dans la foulée de cette révolution des mentalités, le pape Paul VI a proclamé l’ « appel universel à la sainteté », un thème repris abondamment par le pape Jean-Paul II pendant la durée entière de son pontificat de 26 ans. Quel est le sens de cet appel ? Lisons ce qu’en dit Lumen Gentium, l’un des principaux documents du Concile Vatican II :

 

« Il est donc évident que tous les fidèles du Christ, quel que soit leur rang ou leur statut, sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité; par cette sainteté, une manière plus humaine de vivre est favorisée dans cette société terrestre. Pour que les fidèles atteignent cette perfection, ils doivent utiliser leur force comme ils l’ont reçue, comme un don du Christ. Ils doivent suivre ses traces et se conformer à son image en cherchant la volonté du Père en toutes choses. Ils doivent consacrer tout leur être à la gloire de Dieu et au service de leur prochain. De cette façon, la sainteté du Peuple de Dieu se transformera en une moisson abondante de bonté, comme le montre admirablement la vie de tant de saints dans l’histoire de l’Église. »
 


La révolution apportée par ce texte, c’est que l’Église y affirme que l’appel à la sainteté – la perfection de l’amour et du don de soi vécue par un chrétien à la suite du Christ – n’est pas (plus) réservé qu’aux seules personnes consacrées, prêtres, religieux et religieuses; bien au contraire, tous les baptisés doivent répondre à cet appel, et chercher à vivre pleinement, intégralement leur vie chrétienne (« la plénitude de la vie chrétienne»), en mettant toute leur personne, leurs talents, leurs dons, au service de l’Amour (« perfection de la charité »), à l’image des plus grands et beaux modèles d’humanité qu’ont été les saint(e)s de l’Église.

En clair, cet appel s’adresse tant aux personnes célibataires (non consacrées) qu’aux personnes mariées. Pour les premières, il s’agit d’une Bonne Nouvelle.

 

 

Les célibataires ne sont plus une caste à part : ils forment une famille dans l’Église

Il est terminé le temps où, dans l’Église, chaque groupe vocationnel faisait ses petites affaires en étant séparé des autres, en silo : les gens mariés, familles et enfants d’un côté, les prêtres et gens consacrés de l’autre, les personnes célibataires entre les deux, ne sachant pas trop où se placer...Désormais, l’Église sait apprécier la complémentarité et l’interdépendance des vocations diverses, elle a pris conscience du fait que les chrétiens ont besoin les uns des autres pour demeurer fidèles chacun(e) à leur vocation!

Ce décloisonnement a favorisé les rencontres, le partage, engendrant une plus grande fraternité entre chrétiens, de même qu’une meilleure compréhension mutuelle des défis propres à chaque groupe vocationnel dans l’Église. Cette fraternité – une forme d’amour – entre chrétiens est d’ailleurs un signe pour le monde de la présence de Dieu habitant son Église.

Lisons le pape François sur l’apport spécifique des personnes célibataires dans les familles, l’Église et la société :

 

 « De nombreuses personnes célibataires ne sont pas seulement dévouées à leur propre famille, mais rendent souvent de grands services dans leur groupe d’amis, dans la communauté ecclésiale et dans leur vie professionnelle. Parfois, leur présence et leurs contributions sont négligées, ce qui leur donne un sentiment d’isolement. Beaucoup mettent leurs talents au service de la communauté chrétienne par le biais de la charité et du bénévolat. D’autres restent célibataires parce qu’ils consacrent leur vie à l’amour du Christ et du prochain. Leur dévouement enrichit grandement la famille, l’Église et la société ». (La joie de l’amour, n.158; désormais JdA)

 


Apprendre les uns des autres

Les personnes célibataires doivent apprendre des personnes vivant en famille afin d’éviter les pièges de leur état. En effet, le célibat peut très facilement devenir une vie de solitude très confortable et égocentrée en raison de la grande liberté qui la caractérise : les célibataires sont autonomes et indépendants, ils peuvent changer de lieu de résidence et de travail à tout moment, dépenser leur l’argent comme bon leur semble, passer du temps avec qui ils le désirent, partir sitôt qu’ils en ont envie, etc. Ces célibataires un peu trop égocentrés ont besoin du témoignage de personnes mariées pour leur rappeler la valeur du don de soi, des sacrifices nécessaires qui conduisent au vrai bonheur.

De même, les personnes appelés à la chasteté peuvent être inspirées par de beaux mariages chrétiens, où elles verront un signe clair de la fidélité généreuse et inébranlable de Dieu à son alliance; le témoignage constant du don mutuel des époux les conduira à une plus grande disponibilité et générosité envers les autres. De même, le témoignage de fidélité inébranlable de plusieurs couples mariés vivant des difficultés de tous ordres et qui refusent de céder aux chants des sirènes les invitant à l’infidélité ou au divorce pourront inspirer plusieurs célibataires aux prises avec leurs propres tentations.

Laissons le pape François conclure sur le même sujet :

 

« Une femme peut prendre soin de son époux malade, et là, près de la croix, continuer à dire le ”oui” de son amour jusqu’à la mort. Dans cet amour se manifeste de manière éblouissante la dignité de celui qui aime, puisque la charité consiste justement à aimer plus qu’à être aimé. Nous pouvons aussi trouver en de nombreuses familles une capacité de service, tendre et oblatif, envers des enfants difficiles et même ingrats. Cela fait de ces parents un signe de l’amour libre et désintéressé de Jésus. Tout cela devient une invitation aux personnes célibataires pour qu’elles vivent leur offrande pour le Royaume avec une plus grande générosité et disponibilité.» (JdA, n. 162)



En somme, les personnes célibataires sont appelées à créer des liens d’amitié et de fraternité non seulement avec leurs semblables, mais aussi et surtout avec des familles : ce sera pour eux une occasion de redécouvrir le sens profond de leur vocation.

Le témoignage de vie (chrétienne) des parents monoparentaux est souvent héroïque. Il leur faut trouver un équilibre leur permettant de ne pas négliger les composantes importantes de leur vie: les soins variés des enfants, de la famille élargie, le bon rendement au travail, l’engagement dans l’Église et, quand c’est possible, l’apport à la communauté civile. Pour ajouter à la complexité de leur charge, leur relation avec l’ex-conjoint ou partenaire n’est pas toujours facile, notamment en ce qui concerne la gestion et l’éducation des enfants. À l’évidence, être monoparental, c’est une tâche certes très valorisante mais ô combien épuisante sur les plans psychologique et physique.

L’Église catholique du diocèse de Montréal, bien consciente des défis inhérents à la vie monoparentale, désire soutenir la mission des parents célibataires.

Le Centre diocésain du mariage, de la vie et de la famille offre plusieurs ressources pour les parents et familles monoparentales. N’hésitez pas à nous écrire ou appeler : entre autres ressources offertes, nous pourrons vous mettre en relation avec des groupes de soutien, ou vous proposer des camps d’été destinés aux parents célibataires.

Pour clore cette section, nous aimerions vous offrir des paroles de sagesse inspirantes concernant les familles monoparentales et leur place importante dans l’Église. Ces paroles proviennent des écrits des papes saint Jean Paul II et François.

Les familles monoparentales selon pape saint Jean-Paul II, dans Familiaris consortio (FC)

 

La solitude et d'autres difficultés encore sont souvent le lot du conjoint séparé, surtout s'il est innocent. Dans ce cas, il revient à la communauté ecclésiale de le soutenir plus que jamais, de lui apporter estime, solidarité, compréhension et aide concrète afin qu'il puisse rester fidèle même dans la situation difficile qui est la sienne; de l'aider à cultiver le pardon qu'exige l'amour chrétien et à rester disponible à une éventuelle reprise de la vie conjugale antérieure.

 

 

Le cas du conjoint qui a été contraint au divorce est semblable lorsque, bien conscient de l'indissolubilité du lien du mariage valide, il ne se laisse pas entraîner dans une nouvelle union, et s'emploie uniquement à remplir ses devoirs familiaux et ses responsabilités de chrétien. Alors, son témoignage de fidélité et de cohérence chrétienne est d'une valeur toute particulière pour le monde et pour l'Église; celle-ci doit plus que jamais lui apporter une aide pleine de sollicitude affectueuse, sans qu'il y ait aucun obstacle à son admission aux sacrements. (FC, n.83)
[…]

 

 

Je désire encore ajouter quelques mots en faveur d'une catégorie de personnes que je considère, à cause des conditions concrètes dans lesquelles elles doivent vivre - et souvent sans l'avoir voulu -, particulièrement proches du Cœur du Christ et qui méritent donc affection et sollicitude empressée de l'Église et notamment des pasteurs.

 

 

Il existe en effet dans le monde un grand nombre de personnes qui malheureusement ne peuvent en aucune façon se référer à ce que l'on pourrait définir une famille au sens propre. De larges portions de l'humanité vivent dans des conditions d'extrême pauvreté, où la promiscuité, le manque de logement, les relations instables et irrégulières, le défaut complet de culture ne permettent pas, dans la pratique, de pouvoir parler de famille. D'autres personnes, pour des raisons diverses, sont restées seules au monde. Pourtant «la bonne nouvelle de la famille» s'adresse aussi à elles. […]
 

 

A ceux qui n'ont pas de famille naturelle, il faut ouvrir davantage encore les portes de la grande famille qu'est l'Église, laquelle prend un visage concret dans la famille diocésaine et paroissiale, dans les communautés ecclésiales de base ou dans les mouvements d'apostolat. Personne n'est sans famille en ce monde: l'Église est la maison et la famille de tous, en particulier de ceux qui «peinent et ploient sous le fardeau». (FC, n.83)

 

Les familles monoparentales selon le pape François, dans La joie de l’amour (JdA)

 

Les familles monoparentales trouvent souvent leur origine dans les « mères ou pères biologiques qui n’ont jamais voulu s’intégrer dans la vie familiale, [les] situations de violence qu’un des parents à dû fuir avec les enfants, [le] décès d’un des parents, [l’]abandon de la famille de la part d’un des parents, et [d’]autres situations. Quelle que soit la cause, le parent qui habite avec l’enfant doit trouver soutien et réconfort auprès des autres familles qui forment la communauté chrétienne, ainsi qu’auprès des organismes pastoraux paroissiaux. [En outre], ces familles sont [souvent affectées] par la gravité des problèmes économiques, par l’incertitude liée à un travail précaire, par la difficulté de subvenir aux besoins des enfants, par le manque de logement ». (JdA, n. 252)

 

Le décès d’un conjoint aimé, peu importe le moment de la vie où il se produit, sera toujours ressenti comme une perte profonde. Il s’agit d’un événement qui marque une cassure dans la vie, un avant et un après. Dans les premiers temps, le souvenir du conjoint est très vif dans notre esprit et notre cœur, ce qui cause de grandes douleurs à l’âme, qui peuvent conduire à la désespérance, au dégoût de la vie, au moins pour un temps. Il faut réapprendre à vivre seul, ce qui constitue pour beaucoup un grand défi, qui peut, par moments, paraître insurmontable.

Ce défi existentiel a toujours été très difficile à vivre. Au sein des premières communautés chrétiennes, l’accompagnement des personnes veuves faisait partie des devoirs communautaires.  Dans le Nouveau Testament, les lettres de Paul manifestent d’ailleurs une grande empathie à l’égard des difficultés vécues par les personnes endeuillées. En outre, Paul invitait aussi les veuves de l’Église à demeurer proches de leur communauté et à consacrer leur vie au service de l’Église, des pauvres et nécessiteux.

Cela dit, quelques personnes veuves pourront aussi, leur deuil terminé, se remarier dans l’Église, si elles discernent que le mariage entrevu constitue un nouvel appel de Dieu sur elles.

Pour clore cette section, lisons la réflexion du pape François sur le deuil et ses nombreux défis humains et spirituels.

Quand la mort nous fait sentir sa piqûre (JdA, 253-56)

 

Parfois la vie familiale est affectée par la mort d’un être cher. Nous ne pouvons pas nous lasser d’offrir la lumière de la foi afin d’accompagner les familles qui souffrent en ces moments. Abandonner une famille lorsqu’un décès l’afflige serait un manque de miséricorde, perdre une opportunité pastorale, et cette attitude peut nous fermer les portes pour quelque autre initiative d’évangélisation.
 

 

Je comprends l’angoisse de celui qui a perdu une personne très aimée, un conjoint avec lequel il a partagé beaucoup de choses. Jésus lui-même s’est ému et s’est mis à pleurer lors de la veillée funèbre d’un ami (cf. Jn 11, 33.35). Et comment ne pas comprendre les pleurs de celui qui a perdu un enfant ? Car c’est « comme si le temps s’arrêtait : un précipice s’ouvre, qui engloutit le passé et aussi l’avenir […]. Parfois, on arrive même à en attribuer la faute à Dieu. Combien de personnes — je les comprends — [s’en prennent à] Dieu ». « Le veuvage est une expérience particulièrement difficile [...]. Au moment où ils doivent en faire l’expérience, certains parviennent à reverser leurs énergies, avec plus de dévouement encore, sur leurs enfants et petits-enfants, trouvant dans cette expression d’amour une nouvelle mission éducative […]. Ceux qui ne peuvent pas compter sur la présence de membres de la famille, auxquels se consacrer et dont ils peuvent recevoir affection et proximité, doivent être soutenus par la communauté chrétienne avec une attention et une disponibilité particulières, surtout s’ils se trouvent dans des conditions d’indigence ».
 

 

En général, le deuil pour les défunts peut durer longtemps, et lorsqu’un pasteur veut accompagner ce processus, il faut qu’il s’adapte aux besoins de chacune de ses étapes. Tout le processus est jalonné de questions, sur les causes de la mort, sur ce qu’on aurait dû faire, sur ce que vit une personne juste avant la mort. Grâce à un parcours sincère et patient de prière et de libération intérieure, la paix revient. À un certain moment du deuil, il faut aider à découvrir que nous qui avons perdu un être cher, nous avons encore une mission à accomplir, et que cela ne nous fait pas du bien de vouloir prolonger la souffrance, comme si elle constituait un hommage. La personne aimée n’a pas besoin de notre souffrance et ce n’est pas flatteur pour elle que nous ruinions nos vies. Ce n’est pas non plus la meilleure expression d’amour que de se souvenir d’elle et de la nommer à chaque instant, car c’est s’accrocher à un passé qui n’existe plus, au lieu d’aimer cet être réel qui maintenant est dans l’au-delà. Sa présence physique n’est plus possible, mais si la mort est une chose puissante, « l’amour est fort comme la mort » (Ct 8, 6)

 

 

L’amour a une intuition qui lui permet d’écouter sans sons et de voir dans l’invisible. Il ne s’agit pas d’imaginer l’être aimé tel qu’il était, sans pouvoir l’accepter transformé, tel qu’il est à présent. Jésus ressuscité, lorsque son amie Marie a voulu l’embrasser de force, lui a demandé de ne pas le toucher (cf. Jn 20, 17), pour la conduire à une rencontre différente.
 

 

Nous sommes consolés de savoir que la destruction complète de ceux qui meurent n’existe pas, et la foi nous assure que le Ressuscité ne nous abandonnera jamais. Ainsi, nous pouvons empêcher la mort de « nous empoisonner la vie, de rendre vains nos liens d’affection, de nous faire tomber dans le vide le plus obscur ».

 

La personne célibataire dispose d’une grande liberté. Cette liberté, toutefois, peut susciter de grandes interrogations quand vient le temps de prendre certaines décisions: j’accepte ou non tel emploi qui apportera de grands changements dans ma vie ? Dois-je ou non accepter tel engagement au service de ma communauté chrétienne? Dois-je accepter de fréquenter telle personne qui manifeste de l’intérêt envers moi? Dois-je accepter une demande en mariage?

Comment faire pour prendre une bonne décision, qui sera la meilleure à un moment précis de notre vie? Quels critères devraient éclairer notre discernement ? Existe-t-il des personnes habilitées à donner de bons conseils? Dieu peut-Il nous aider dans de telles circonstances?

Comme on le voit, bien user de sa liberté n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.

Heureusement, les chrétiens savent qu’ils peuvent alors compter sur l’aide de Dieu : il leur suffira, pour bien discerner quelle décision prendre, de prier et d’attendre avec confiance les signes envoyés par Dieu.

Dans un discours aux jeunes pour les 33e Journées mondiales de la jeunesse (2018), le pape François leur a rappelé l’importance – voire la nécessité! – de présenter à Dieu dans la prière toutes leurs questions et leurs craintes. Il leur a présenté une méthode (un guide) pratique pour les aider à découvrir l’appel mystérieux de Dieu dans leur vie - un appel qu’il faut embrasser (accepter) avec joie et paix, « à travers des circonstances et des vicissitudes qui nous déconcertent souvent ». Non, a rappelé François, Dieu n’oublie personne, y compris les personnes célibataires qui se tournent vers Lui avec confiance.
 
Nous vous invitons à méditer ces paroles inspirées du pape François, qui vous invitent à vivre votre vie dans une communion joyeuse avec Dieu, son Église, et les personnes qu’Il placera sur votre chemin!

Façons de vivre votre foi - Guide pour les personnes célibataires

1. Prenez le temps de prier :
 

  • Faites de la prière une partie de votre vie quotidienne.

  • Utilisez la prière personnelle, les Écritures (la Bible), la tenue d’un journal, la méditation et la liturgie des heures.

  • Prévoyez une retraite personnelle ou de groupe.

  • Planifiez un pèlerinage dans un lieu saint. Visitez les sanctuaires de la région et d’autres sites religieux historiques.
     

2. Pratiquez le pardon :
 

  • Apprenez à pardonner et à être pardonné(e).

  • Examinez votre conscience et pratiquez le jeûne et le sacrifice (pour les autres).

  • Célébrez le sacrement de la réconciliation.
     

3. Célébrez l’Eucharistie :
 

  • Participez activement à la messe chaque dimanche; tous les jours, si possible.

  • Engagez-vous dans votre paroisse et, si c’est déjà fait, soyez plus actif(ve) dans la liturgie (messe et autres offices) en tant que lecteur, ministre eucharistique, huissier, musicien ou membre de la chorale.
     

4. Vivre une vie juste :
 

  • Travaillez contre l’avortement et les atteintes à la vie, la redéfinition du mariage, la discrimination, le racisme et l’oppression.

  • Traitez tous les gens avec la dignité qu’ils méritent en tant que fils et filles de Dieu.

  • Participez à des œuvres de charité, de justice et de paix.

  • Cherchez des moyens de vous simplifier la vie et de partager ce que vous avez avec les autres.
     

5. Aidez les personnes dans le besoin :
 

  • Analyser les besoins et possibilités de service communautaire civil, trouvez une façon de mettre vos dons au service des autres.

  • Rassemblez un groupe de personnes pour des projets de service. Pratiquez la charité en aidant ceux qui vivent dans la pauvreté et faites la promotion de solutions communautaires pour lutter contre l’injustice et la pauvreté.
     

6. Établissez une culture de quartier à votre église :
 

  • Créez des traditions autour des jours fériés, des fêtes spéciales et d’autres célébrations, ou des monuments commémoratifs signifiants.

  • Offrez votre maison comme lieu d’amitié et d’hospitalité.


7. Partagez votre foi :
 

  • Parlez de la présence de Dieu dans votre vie avec d’autres gens, soyez évangélisateur.

  • Pensez à vous engager dans le rituel d’initiation chrétienne pour les adultes de votre paroisse, pour ceux qui désirent en apprendre davantage sur la foi catholique.

  • Cherchez des occasions d’inviter d’autres personnes à faire l’expérience de votre communauté de foi.


8. Rejoignez une petite communauté chrétienne :
 

  • Joignez-vous à un petit groupe de prière/partage pour soutenir votre foi.

  • S’il n’en existe pas, créez-le. Rassemblez-vous régulièrement pour la prière, le partage de la foi et le bonheur de faire communauté.


9. Approfondissez votre foi :
 

  • Cherchez des occasions (activités, cours) pour éduquer et approfondir votre foi catholique.

  • Visitez une bonne librairie ou trouvez sur Internet de bonnes ressources sur la foi et l’Église.

  • Lisez les Écritures (la Bible).

  • Lisez la vie des saint(e)s qui ont consacré leur célibat au service des autres.

 

(Adapté de « Nine Ways to Live Jubilee and Be a Holy Person » dans A Parishioner’s Guide - Preparing for the Jubilee Year 2000. Contenu d’origine : USCCB)