Montréal

Depuis 25 ans au sein de l’Archidiocèse de Montréal et 30 ans engagée dans la mission auprès des jeunes, Isabel Correa, Directrice principale, Évangélisation et de la Vie chrétienne et Mission Jeunesse, Éducation à la foi, Catéchuménat revient sur un parcours marqué par les rencontres, la fidélité et la confiance en Dieu. De ses premières expériences en catéchèse aux Journées mondiales de la jeunesse, elle témoigne de la richesse de l’accompagnement des jeunes et de l’importance de leur donner une place active dans la vie de l’Église. Une mission qu’elle envisage comme un chemin partagé entre générations, cultures et vocations, où chacun a quelque chose à transmettre et à recevoir.

1. Vous célébrez cette année 25 ans au sein de l’Archidiocèse de Montréal et 30 ans d’engagement dans la mission auprès des jeunes. Quand vous regardez ce parcours, qu’est-ce qui vous vient d’abord à l’esprit?

D’abord, un immense MERCI au Seigneur ! Tout a commencé par une invitation à donner de la catéchèse. Qui aurait cru qu’un premier « oui » me conduirait jusque-là ?

Je pense surtout aux jeunes, aux familles et à ceux qui m’ont fait confiance, parfois avant même que j’aie confiance en moi, notamment le cardinal Jean-Claude Turcotte, qui a cru en mes capacités et m'a encouragée à servir l'Église auprès des jeunes.

Et surtout, je n’ai jamais fait ce chemin seule ! Merci à notre équipe de coordination de Mission Jeunesse et à Holly Kirsten Eugenio, directrice associée avec qui j’ai la joie de travailler depuis plus de 16 ans. Que de projets, de défis, d’imprévus et de moments de grâce ! Merci aussi à notre extraordinaire équipe de service bénévole. Certains sont là depuis près de 15 ans : après avoir reçu, ils donnent aujourd’hui aux nouvelles générations.

Cette fidélité joyeuse et pleine d’espérance est le fruit d’une équipe formidable. Je ne suis qu’un instrument parmi tant d’autres. C’est le Seigneur qui est à l’œuvre !

2. Au fil de ces années, vous avez accompagné plusieurs générations de jeunes. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre rencontre avec eux et dans leur manière de vivre leur foi?

Les jeunes ne cessent de me surprendre par leur générosité, leur créativité et leur soif d’authenticité. On parle de ce que nous devons leur transmettre, mais que de choses ils nous apprennent !

Saint Jean Bosco m’inspire profondément. Il nous rappelle qu’il ne suffit pas d’aimer les jeunes : ils doivent sentir qu’ils sont aimés. Avec saint Dominique Savio, il montre que la sainteté est accessible au quotidien.

J’essaie de suivre cette petite recette de sainteté :

1. Vivre dans la joie ! Pas une joie superficielle où tout va toujours bien, mais une joie profonde, nourrie par la Résurrection du Christ.

2. Faire de Jésus et de Marie mes meilleurs amis. Cultiver cette relation personnelle, leur confier mes joies, mes préoccupations, mes décisions et apprendre à leur faire confiance.

3. Faire les choses ordinaires de la vie d'une manière extraordinaire. Avec amour, générosité et fidélité, même lorsque personne ne nous regarde !

Les jeunes sont protagonistes de la mission, mais nous avançons ensemble, jeunes et moins jeunes, les pieds sur terre, le cœur et le regard tournés vers le ciel !

J’aime dire que les jeunes sont mon billet pour le ciel : ils m’aident à devenir une meilleure personne, et à grandir dans la foi.

3. Vous avez également joué un rôle important dans l’organisation des Journées mondiales de la jeunesse au niveau national. Quelle expérience ou quel moment vécu dans le cadre des JMJ vous a particulièrement marquée?

Il y en a tellement ! Mais tout a commencé pour moi aux JMJ de Denver, en 1993. J’avais mes hésitations. Puis, au rassemblement de Cherry Creek, entourée de jeunes du monde entier, j’ai compris quelque chose de bouleversant : je n’étais pas seule à vivre ma foi. J’appartenais à une Église universelle, vivante et jeune.

Depuis, j’ai vécu plusieurs JMJ comme pèlerine, accompagnatrice et responsable, notamment à la coordination canadienne pour Panama et Lisbonne.

Au-delà des grandes célébrations, je garde surtout en mémoire les rencontres : un jeune qui ose prier, découvre le pardon ou prend conscience de sa place dans l’Église. Les JMJ rendent tangible la communion des saints.

Pour moi, elles sont aussi une école de solidarité, de leadership et de formation de disciples. D’où l’importance d’accompagner les jeunes avant, pendant et après. Nous ne les préparons pas à un événement : nous formons des disciples appelés à devenir missionnaires. C’est souvent au retour que la mission commence vraiment !

4. Le Service de l’Évangélisation et de la Vie chrétienne réunit aujourd’hui Mission Jeunesse, l’Éducation à la foi et le Catéchuménat pour adultes. Comment voyez-vous le lien entre ces différentes dimensions de l’évangélisation?

Pour moi, c’est une seule mission : accompagner la rencontre avec le Christ, tout au long de la vie. La foi n’est pas une succession de programmes, mais une relation vivante.

L'enfant qui découvre la foi au sein de sa famille, les parents et les grands-parents qui, par leur amour, leur témoignage et leurs gestes du quotidien, jouent un rôle irremplaçable dans la transmission de la foi, l'adolescent qui commence à se poser de grandes questions, le jeune adulte qui cherche sa vocation ou l'adulte qui demande le baptême : chacun vit une étape particulière de ce chemin. Et chacun a quelque chose à transmettre et à recevoir. C'est toute la beauté d'une foi qui se vit, se partage et grandit de génération en génération.

Dans la mesure du possible, j'essaie toujours de faire en sorte que nos équipes et nos groupes de travail soient multilingues, multiculturels, intergénérationnels et intervocationnels, et qu'ils rassemblent des personnes porteuses de différents charismes.

Le dialogue entre générations et la formation des accompagnateurs sont essentiels. Bâtir la communion des saints, c’est créer des ponts entre les personnes, les communautés et les étapes de la vie.

Une seule Église, une même mission, plusieurs chemins pour rencontrer le Christ !

5. Après 25 ans à l’Archidiocèse, qu’est-ce qui a le plus changé dans la manière d’accompagner les jeunes et de leur proposer un chemin de foi? Et qu’est-ce qui, au contraire, demeure essentiel?

Beaucoup de choses ! À mes débuts, pas d’Instagram ni de TikTok… et pourtant, nous réussissions à nous retrouver ! Aujourd’hui, les parcours de foi sont plus diversifiés et nous ne pouvons présumer que tous les jeunes partagent les mêmes repères.

Mais une chose n'a pas changé : les jeunes ont besoin d'être aimés, écoutés, accueillis et pris au sérieux. Ils ont besoin de relations authentiques, de témoins crédibles et de communautés où ils peuvent appartenir, contribuer et grandir.

J’ai appris qu’il est souvent plus rapide de faire les choses soi-même, mais tellement plus significatif de les faire avec les jeunes ! Cela demande de la patience et de vraies responsabilités.

La formation des disciples et des leaders, particulièrement de ceux qui accompagnent les jeunes — animateurs, catéchètes, bénévoles et responsables — a toujours été au cœur de mon ministère. La générosité est précieuse, mais accompagner exige aussi discernement, compétences et vie spirituelle.

Pour moi, un bon leader ne cherche pas à devenir indispensable. Le véritable test ? Voir comment ceux que nous avons formés forment à leur tour une troisième génération de leaders. Voilà une mission qui grandit au-delà de nous !

6. Alors que vous poursuivez votre mission, quelle espérance portez-vous pour l’Église de Montréal et pour les jeunes qui cherchent aujourd’hui à donner un sens à leur vie et à approfondir leur foi?

Je rêve d’une Église vivante, accueillante et missionnaire, où les jeunes sont reconnus comme protagonistes, où générations, cultures et vocations collaborent et grandissent ensemble en sainteté. Mon espérance, c’est de former des jeunes qui prennent leur place dans l’Église et transforment le monde avec d’autres.

En chemin vers les JMJ de Séoul 2027, j’entends l’invitation du Christ : « Prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde. » (Jn 16, 33). Et à l’horizon 2033, où nous marquerons les 2 000 ans de notre Rédemption, je suis convaincue que les jeunes générations auront un rôle essentiel.

Le Seigneur est déjà à l’œuvre. Les plus belles surprises sont peut-être encore devant nous ! Tant qu’Il m’en donnera la grâce, je continuerai à marcher, prier, rire, apprendre et me former avec les jeunes.

Finalement, ce ne sont pas simplement mes 25 ans que nous célébrons, mais 25 ans de rencontres, de transmission et de fidélité du Seigneur, vécus ensemble.

À Lui toute la gloire !