Montréal

Note de la rédaction : À l'été 2026, un petit groupe s'est réuni à Montréal pour étudier Magnifica humanitas, l'encyclique du pape Léon XIV sur l'intelligence artificielle (IA), et réfléchir aux questions qu'elle soulève. D'abord composé d'une poignée de participants, il a fini par en compter plus d'une douzaine, aux horizons professionnels et religieux variés. Danielle Morin, professeure à l'Université Concordia et spécialiste de l'IA en éducation, a pris part aux six rencontres consacrées à l'encyclique. Elle revient sur la naissance du groupe et sur les échanges qui ont le plus marqué ses membres, et explique en quoi la dignité humaine offre un socle commun pour penser l'avenir de l'IA.

Un groupe né tout naturellement

Les choses se sont faites très simplement. Un collègue a demandé à un autre s'il serait partant pour former un petit groupe d'étude sur Magnifica humanitas, l'encyclique du pape Léon XIV. Le texte suscitait alors de nombreuses discussions, notamment sur sa portée pour l'avenir de l'intelligence artificielle.

Quand mon mari a été invité à se joindre au groupe, j'ai trouvé l'idée formidable et j'ai demandé si je pouvais en faire partie, moi aussi. Je m'intéressais déjà personnellement à l'encyclique, que j'avais envie de lire et d'étudier, et je sentais qu'en discuter avec d'autres rendrait l'expérience encore plus riche. Étudier un texte important en groupe permet d'entendre différentes lectures, de poser des questions et de découvrir des points de vue auxquels on n'aurait peut-être pas pensé seul.

De trois, nous sommes passés à quatre, puis à plus d'une douzaine. Nous formions un groupe très diversifié, qui comptait plusieurs professeurs d'université, des ingénieurs, des entrepreneurs et d'autres citoyens bien informés et intéressés par la question. Les membres n'étaient pas tous catholiques, mais tous voulaient sincèrement comprendre ce que le Saint-Père avait à dire de l'intelligence artificielle et de ses répercussions sur la société.

Six rencontres

Nous nous sommes réunis six fois au cours de l'été. À chaque rencontre, un membre du groupe approfondissait une partie de l'encyclique, puis la présentait aux autres. La diversité des participants a rendu les échanges particulièrement stimulants.

Ce qui nous rassemble : la dignité humaine

L'un des aspects les plus frappants de nos discussions a été la place centrale qu'y occupait la dignité humaine, un principe profondément ancré dans la doctrine sociale de l'Église. Ce qui m'a le plus surprise, c'est l'écho que ce principe a trouvé au sein du groupe. Malgré nos parcours et nos convictions différents, la plupart d'entre nous se sont reconnus dans bon nombre des préoccupations fondamentales exprimées dans l'encyclique. La dignité humaine est devenue un point de convergence : un principe capable d'unir des personnes dont les perspectives religieuses ou professionnelles divergeaient.

C'est pour moi l'une des leçons les plus importantes de cette expérience : les principes énoncés dans Magnifica humanitas ne concernent pas que les catholiques. Bien des questions soulevées par l'encyclique touchent l'ensemble de la société. Que signifie rester humain dans un monde toujours plus marqué par la technologie ? Comment protéger la dignité humaine ? Comment faire en sorte que la technologie serve les personnes au lieu de les remplacer ou de les amoindrir ? Le pape Léon XIV appelle à « désarmer » l'IA et à la mettre au service du bien commun, plutôt que de la laisser entre les mains de quelques-uns.

Une réflexion qui s'impose

Nos discussions ont aussi mis une chose en évidence : la société ne peut plus fermer les yeux sur l'intelligence artificielle. L'IA est là pour de bon, et elle continuera d'évoluer. La question n'est donc pas de savoir si l'on peut l'arrêter, mais comment veiller à ce qu'elle soit développée et utilisée dans le respect de la dignité humaine et au service du bien commun.

Nous avons convenu qu'il fallait des garde-fous, tout en reconnaissant qu'ils ne peuvent venir de la seule technologie. Ils supposent de la réflexion, des principes éthiques, des politiques responsables, de l'éducation et un dialogue public soutenu sur la place que nous voulons accorder à l'intelligence artificielle dans notre vie. L'encyclique offre des repères précieux pour aborder ces questions. Elle traite d'enjeux actuels liés à l'intelligence artificielle, mais aussi, plus largement, à la technologie, à la communication et à la société.

Une discussion à poursuivre

Avec le recul, je suis reconnaissante de la façon si naturelle dont le groupe a évolué. Parti de quelques personnes, il est devenu beaucoup plus nombreux et diversifié, uni par le désir de comprendre les répercussions de l'intelligence artificielle et les enjeux humains qu'elle soulève.

J'espère que bien d'autres groupes comme le nôtre verront le jour. Créer des occasions de lire Magnifica humanitas, d'en discuter et de réfléchir à son message — entre catholiques et non-catholiques, universitaires et praticiens, spécialistes des technologies et grand public — pourrait nourrir un dialogue beaucoup plus large sur l'intelligence artificielle.

Cette expérience m'a rappelé qu'un texte important se comprend souvent mieux quand on ne se contente pas de le lire chacun de son côté : on gagne à le lire ensemble, à s'écouter les uns les autres et à se demander ce que son message dit à notre société.

 

Par Danielle Morin

Danielle Morin, Ph. D., est professeure à l'Université Concordia, à Montréal, où elle enseigne l'analytique de gestion et l'apprentissage automatique. Elle consacre ses recherches à l'incidence de l'intelligence artificielle sur l'éducation. Elle est co-coordonnatrice de CAPP-Canada, la section canadienne de la Fondation Centesimus Annus Pro Pontifice. Cette fondation, dont le siège est au Vatican, a été créée par le pape saint Jean-Paul II pour promouvoir la doctrine sociale de l'Église.