« Per terre lontane » : un sifflet de train, et sept cents cœurs qui se serrent
Montréal
Montréal, 28 juin 2026
Organisé par l’Office diocésain des communautés culturelles et rituelles de l’Archidiocèse de Montréal, le spectacle musical Per terre lontane s’inscrivait dans une démarche de sensibilisation à la réalité de l’immigration, de l’accueil et de la solidarité. Cette thématique résonne particulièrement dans notre Église diocésaine, où se côtoient des personnes issues de la première génération d’immigration, leurs enfants et petits-enfants, ainsi que de nombreux nouveaux arrivants qui continuent d’enrichir la vie de plusieurs paroisses. En revisitant les parcours migratoires d’hier et d’aujourd’hui, cette production invitait le public à reconnaître que les défis, les espoirs et la quête de dignité des migrants demeurent profondément actuels.
Il y a un instant, dans les premières minutes de « Per terre lontane », où le noir se fait complet, puis, très lentement, le sifflet d'une locomotive rompt le silence. Ce simple son a suffi, les 28 juin et 2 juillet, à Montréal puis à Toronto, pour faire frémir des salles entières. Mais ce train d'un autre siècle n'est qu'un point de départ : très vite, le spectacle glisse vers les déserts, les mers et les centres d'accueil d'aujourd'hui, portés par quinze jeunes interprètes devant près de 700 spectateurs, des grands-parents aux petits-enfants.
Un migrant italien arrivé au Canada dans les années 1960 a confié, à la sortie du théâtre de Montréal, avoir revu son père sur le quai de cette gare : « Pour la première fois, ce soir, j'ai pleuré sans honte devant ma femme et mes petits-enfants. » Un souvenir porté en silence pendant plus de soixante ans — mais le spectacle ne s'arrête pas à cette mémoire ancienne : il rappelle sans cesse que la même peur du départ, la même faim de dignité, se rejouent aujourd'hui, ailleurs, avec d'autres visages.
Sur scène, les quinze interprètes ne jouent pas la migration de l'extérieur : ils la traversent, hier comme aujourd'hui. Dans les moments les plus intenses — la traversée du désert, l'arrivée sur une côte, les valises de carton d'une gare d'un autre temps — la voix tremble, les yeux se mouillent, sans jamais perdre le fil du chant ni du pas de danse.
C'est dans la salle que ce lien entre hier et aujourd'hui se fait le plus bouleversant. Un jeune migrant sud-américain, arrivé au Canada depuis à peine huit mois, a reconnu dans cette histoire vieille de cent ans exactement ce qu'il traverse en ce moment même : « Cela m'a fait me sentir moins seul. L'histoire se répète, mais l'espérance aussi se répète. » Une petite-fille de migrants, née à Montréal, a quant à elle appelé sa grand-mère en sortant du théâtre : pour la toute première fois, celle-ci lui a raconté la traversée, la peur, la faim — comme si l'histoire d'hier avait, ce soir-là, enfin pu rejoindre celle d'aujourd'hui.
Le spectacle s'achève sur une phrase prononcée ensemble par les quinze interprètes : « Essayons d'aller... au-delà de toute frontière. » Puisant ses racines dans l'héritage de saint Jean-Baptiste Scalabrini, « Per terre lontane » aura, le temps d'une soirée, réuni sur un même banc descendants d'anciens migrants et nouveaux arrivants d'aujourd'hui — et rappelé qu'un même sifflet de train peut encore, plus de cent ans après, faire pleurer et espérer ensemble.
Par Alessandra Santopadre
Adjointe, Office des communautés culturelles et rituelles
Responsable du programme de parrainage, réfugiés et demandeurs d'asile
Archevêché de Montréal
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