Montréal

Le 16 juillet dernier, plus de 500 personnes venues des quatre coins du monde se sont réunies en ligne pour un webinaire consacré à la dignité et aux droits des personnes migrantes — un moment de réflexion commune, mais aussi un appel concret à l'action pastorale et politique.

Le Diocèse de Montréal est fier d'avoir collaboré à cette réalisation avec le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral, OSMECA, Hope Border Institute, le CELAM, Red Clamor et le SEDAC. Un grand merci également à Dylan Corbett, qui a animé la rencontre avec justesse et sensibilité.

Trois intervenants ont marqué cette matinée par la profondeur de leur témoignage : le Cardinal Baggio, Mgr Brendan Cahill et Sœur Nyzelle. Voici les grandes lignes de leurs interventions.

Le Cardinal Baggio : la dignité, fondement de tout droit

Le Cardinal Baggio a ouvert la réflexion en rappelant que les droits humains ne sont jamais octroyés par une autorité, mais reconnus — parce qu'ils existent déjà, inscrits dans la dignité de chaque personne dès sa naissance. « La personne ne perd jamais ses droits », a-t-il insisté, quelle que soit sa situation : avec ou sans passeport, avec ou sans visa, avec ou sans statut régulier.

Il a évoqué la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 comme un jalon fondamental, tout en soulignant que, dans la perspective chrétienne, ces droits précèdent toute reconnaissance légale : ils découlent de la dignité intrinsèque de la personne, créée à l'image de Dieu.

Le Cardinal a également fait référence à la nouvelle encyclique du Pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, qui place la personne humaine — unique et irremplaçable — au centre de toute décision sociale, économique et politique. Il a rappelé que l'Écriture accorde une attention particulière à trois catégories de personnes vulnérables : les veuves, les orphelins et les étrangers — ceux qui, historiquement, ne pouvaient faire appel à la justice ordinaire. « C'est aussi l'appel que nous recevons aujourd'hui comme Église », a-t-il conclu, « regarder vers celui ou celle qui rencontre un obstacle dans l'exercice de ses droits, et l'accompagner en profondeur. »

Mgr Brendan Cahill : un engagement collégial des évêques américains

Mgr Brendan Cahill, évêque de Victoria (Texas), a présenté le travail mené par les évêques catholiques des États-Unis, insistant sur la dimension collégiale de cet engagement : en novembre dernier, la conférence épiscopale a réitéré, en tant que corps, sa volonté de continuer à plaider pour une réforme migratoire fondée sur l'application proportionnée des lois, la protection humanitaire, l'unité familiale et des voies légales sûres.

Dans son diocèse rural du sud du Texas, cet engagement se traduit par trois axes concrets, en lien avec le plan national You Are Not Alone et le réseau Justice for Immigrants : le soutien d'urgence et familial (avec l'organisation CLINIC), la solidarité par la prière publique et le témoignage, et l'accompagnement pastoral — notamment le droit des prêtres à visiter les personnes détenues.

« Nous réalisons le besoin pastoral des personnes incarcérées de savoir que Jésus ne les abandonne jamais », a-t-il rappelé, citant en écho les paroles du Cardinal Baggio sur la dignité de chaque personne créée par Dieu.

Sœur Nyzelle : accompagner les mères migrantes en République dominicaine

Sœur Nyzelle a partagé une réalité de terrain bouleversante : depuis avril de l'année dernière, de nouvelles mesures migratoires dans les hôpitaux publics de République dominicaine ont créé des barrières d'accès aux soins pour les femmes migrantes enceintes, plusieurs d'entre elles évitant désormais les hôpitaux par peur d'être détenues ou expulsées.

Face à cette crise, son équipe a mis en place un projet multidisciplinaire qui s'attaque aussi aux causes structurelles de la vulnérabilité : l'absence de documents d'identité, la stigmatisation sociale et l'accès à un accouchement digne. En quatorze mois, plus de 150 mères en situation de grande vulnérabilité ont été accompagnées ; 65 d'entre elles ont donné naissance, et environ 25 accouchements ont bénéficié d'un soutien financier direct — même si neuf mères, hélas, ont perdu leur grossesse. 95 % de ces femmes se trouvent en situation migratoire irrégulière, ce qui les empêche d'enregistrer légalement leurs enfants.

« Chaque chiffre représente une histoire vécue », a-t-elle rappelé. « Derrière chaque mère accompagnée et chaque enfant qui parvient à naître dans des conditions plus sûres, il y a une possibilité de vivre avec plus de dignité et d'espérance. » Elle a conclu en évoquant la veuve de Naïm : comme elle, ces femmes affrontent la douleur et l'incertitude, mais leur histoire rappelle que Dieu n'abandonne jamais ceux qui souffrent.

Une Église proche des réalités les plus vulnérables

Ce webinaire a rappelé une conviction commune aux trois intervenants : la dignité humaine ne dépend d'aucun papier, d'aucune frontière et d'aucune loi — elle précède toute reconnaissance légale et engage l'Église, à tous les niveaux, à se faire proche de celles et ceux qui vivent l'exclusion et la vulnérabilité.

Merci à toutes les personnes qui ont participé, à nos partenaires pour leur engagement constant, et à Dylan Corbett pour avoir animé cette rencontre avec tant de générosité. Le travail continue.

Par Alessandra Santopadre
Adjointe, Office des communautés culturelles et rituelles
Responsable du programme de parrainage, réfugiés et demandeurs d'asile
Archevêché de Montréal